Elie Domota
Elie Domota

C'est une visite attendue depuis longtemps. Quatre mois après les violentes grèves qui ont secoué les Antilles, Nicolas Sarkozy se rend pour deux jours en Martinique et en Guadeloupe afin de présenter sa contribution aux "Etats Généraux de l'Outre-mer". C'est la première fois depuis son arrivée à l'Elysée que Nicolas Sarkozy rend visite aux Antilles. Accompagné des tout juste nommés Brice Hortefeux (ministre de l'Intérieur), Marie-Luce Penchard (Secrétaire d'Etat à l'Outre-mer), Hubert Falco (Secrétaire d'Etat chargé des anciens combattants) et de quelques personnalités antillaises (les écrivains Daniel Maximin et Daniel Picouly, l'acteur Jacques Martial et la championne d'escrime Laura Flessel), le Président de la République entend "participer sincèrement" à ce débat public qui se présente officiellement comme "la plus grande consultation jamais réalisée en Outre-mer". Les Etats Généraux de l'Outre-mer doivent prendre fin courant juillet et donner lieu en octobre à l'annonce d'un plan de réformes programmé par le tout nouveau Conseil interministériel de l'Outre-mer. Il se déroule cependant sans les syndicats rassemblés au sein du collectif LKP — Liyannaj Kont Pwofitasyon (Ensemble Contre les Profiteurs), à l'origine en début d'année de la grève générale de 44 jours contre la vie chère — qui boycotte les réunions.

Le leader et porte-parole du LKP, Elie Domota, a indiqué qu'il ne rencontrera pas le Président de la République lors de sa visite en Guadeloupe, n'ayant pas été invité. En revanche, il l'attend de pied ferme dans la rue avec les syndicats. Le LKP a ainsi appelé ses militants à une semaine de mobilisation sociale. Des manifestations sont prévues, notamment samedi à Pointe-à-Pitre, et plusieurs stations-services sont d'ores et déjà bloquées par l'UGTG (Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens), principale centrale syndicale de l'île. En Martinique, le "Collectif du 5 février" a également appelé à manifester lors de la venue du Président de la République. L'objectif des syndicats est aussi de protester contre la répression judiciaire qui frappe les responsables de la grève générale contre la vie chère. Certains militants du LKP sont en effet poursuivis, entre autres pour l'occupation sauvage du Conseil général de Guadeloupe lors d'une réunion du Congrès des élus départementaux et régionaux. Signe de la tension, quelque 1.200 gendarmes mobiles viennent d'être envoyés de Paris pour prévenir d'éventuels troubles et assurer la sécurité de la visite présidentielle.

Pour Elie Domota, les Etats Généraux de l'Outre-mer sont une "escroquerie intellectuelle" et un "échec total". Les accords salariaux signés en mars pour mettre fin à la crise antillaise ne sont selon lui respectés ni par le patronat ni par l'État. En cause notamment l'accord sur les 200 euros d'augmentation des bas salaires, détricoté par un nouvel arrêté de Brice Hortefeux et dont le montant n'est toujours pas versé par certains patrons du MEDEF. Ces derniers sont encouragés, selon les syndicats, par l'attitude de l'État qui ne verse lui-même toujours pas les 100 euros prévus du RSTA (Revenu Supplémentaire Temporaire d'Activité).

Concernant le remplacement d'Yves Jégo par la guadeloupéenne Marie-Luce Penchard (fille de la sénatrice UMP Lucette Michaux-Chevry) au Secrétariat d'Etat à l'Outre-mer, Elie Domota s'y est déclaré totalement indifférent, estimant que seules comptaient les réponses aux revendications des travailleurs guadeloupéens: "Nous ne sommes pas faits simplement pour courir derrière un ballon de football ou sur une piste d'athlétisme. Nous demandons à être respectés", a-t-il ajouté.