Aristides de Sousa Mendes
Aristides de Sousa Mendes

Les éditions Mollat à Bordeaux viennent de publier un ouvrage sur un homme hors du commun, Aristides de Sousa Mendes, consul du Portugal dans la cité girondine en 1940, qui délivra, contre l'avis de son gouvernement, des milliers de visas aux Juifs, apatrides et autres "indésirables" fuyant les nazis, les sauvant d'une mort certaine. Ce petit livre de 120 pages est l'oeuvre d'un journaliste du Monde, José-Alain Fralon, l'un de ceux qui couvrit le procès de Maurice Papon à Bordeaux d'octobre 1997 à mars 1998.

Sous la plume du journaliste apparaît dans toute sa désespérance la période troublée de la fin de la "drôle de guerre" et des débuts de la collaboration d'Etat vue de Bordeaux. Les réfugiés de "nationalité indéfinie" affluent par milliers. Traqués, ne se faisant aucune illusion sur le sort qui les attend s'ils venaient à tomber aux mains des nazis, ils ont tous l'espoir de fuir la France. Comment ? Avec quel visa ? Ce n'est pas le problème du Portugal qui a choisi la neutralité. Les ordres donnés à ses diplomates sont sans appel: pas de visas aux étrangers de nationalité indéfinie et aux Juifs expulsés de leur pays.

Aristides de Sousa Mendes, né d'une famille riche, nombreuse et très catholique, n'a pas pour habitude de désobéir. Mais "notre père nous a dit qu'il avait entendu une voix, celle de sa conscience ou celle de Dieu, qui lui dictait la conduite à suivre", témoignera plus tard l'un de ses fils. Nous sommes le 16 juin. Commence alors la "plus grande action de sauvetage menée par une seule personne pendant l'Holocauste", rapporte l'auteur en citant la phrase de l'historien Yehuda Bauer.

Pendant trois semaines, le consul délivre des milliers de visas... jusque dans la rue, où les réfugiés piétinent, pour aller plus vite. Rentré dans son pays, Aristides de Sousa Mendes sera mis à la retraite d'office quasiment sans pension. Il meurt dans la misère en 1954. Le 21 février 1961, un arbre est planté en son honneur dans l'allée des Justes à Jérusalem. Le 13 mars 1988, le Portugal le réhabilite... Quarante-huit ans après les événements de Bordeaux.

------

José-Alain Fralon : Aristides de Sousa Mendes, Le juste de Bordeaux (Éditions Mollat).