Liban / Hezbollah
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Éprouvé par quatre années d'instabilité politique, le Liban a voté dimanche sous haute surveillance — 50.000 militaires mobilisés, 200 observateurs étrangers — pour élire ses 128 députés. Deux camps s'affrontaient: la majorité parlementaire anti-syrienne, dite aussi "Alliance du 14-mars", menée par le Courant du Futur de Saad Hariri allié au Parti socialiste progressiste du leader druze Walid Djoumblatt et aux Phalanges libanaises d'Amine Gemayel, soutenu par les Occidentaux et les pays arabes sunnites comme l'Egypte et l'Arabie saoudite, et l'opposition conduite par le Hezbollah d'Hassan Nasrallah, dite "Alliance du 8-mars", alliée au mouvement chiite Amal de Nabih Berri et au Courant Patriotique Libre (CPL) de l'ex-général chrétien Michel Aoun, soutenue elle par la Syrie et l'Iran. Selon les résultats officiels publiés hier, la majorité antisyrienne de Saad Hariri a remporté 71 des 128 sièges du parlement libanais. L'Alliance du 8-mars emmenée par le Hezbollah, pourtant donnée favorite à l'approche du scrutin, ne récolte pour sa part que 57 sièges.

Avec un taux de participation de plus de 54% pour 3,2 millions d'inscrits, ces élections législatives se sont déroulées sans incident majeur et le Hezbollah a reconnu sa défaite, au grand soulagement des pays occidentaux et d'Israël. Ceux-ci craignaient en effet la victoire du Hezbollah et du coup un rapprochement du Liban avec l'Iran de Mahmoud Ahmadinejad et la Syrie de Bachar el-Assad. Outre la forte mobilisation des sunnites et de certains druzes partisans de l'actuel gouvernement de Fouad Siniora (un banquier proche de la famille Hariri, soutenu par les Occidentaux), c'est le vote des chrétiens, divisés entre les deux camps, qui a semble-t-il joué en faveur d'une majorité sortante pourtant très contestée par les Libanais. La diaspora libanaise a fortement pesé sur le résultat puisque quelque 20.000 expatriés, essentiellement des chrétiens anti-Aoun et anti-Hezbollah installés aux USA et en Europe, sont revenus au Liban pour participer au vote. Enfin, certains journaux, notamment syriens, n'hésitent pas à accuser le camp Hariri d'avoir "acheté des voix", une pratique régionale relativement courante que les observateurs internationaux font toutefois mine de ne pas avoir remarqué.

"C'est un grand jour pour l'histoire du Liban démocratique", a déclaré Saad Hariri, chef de file de la coalition du 14 mars et fils de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, assassiné en 2005. Fort du soutien de 68 élus et, éventuellement, de trois alliés indépendants proches de l'actuel président de la République du Liban, le chrétien Michel Sleimane, il sort renforcé de la fragile majorité qu'il détenait au parlement. Mais l'opposition, qui perd au total cinq sièges, n'a toutefois pas dit son dernier mot. Malgré le résultat apparent des urnes, le rapport de forces reste quasiment inchangé par rapport à la législature sortante, et le Liban reste encore partagé entre deux camps égaux. Même s'il reconnaît volontiers sa défaite électorale, tout en dénonçant cependant "l'argent politique, l'incitation aux dissensions confessionnelles et les mensonges fabriqués pour faire peur à l'opinion publique", le Hezbollah n'entend pas pour autant renoncer à sa légitimité et à son influence au Pays du Cèdre. Il contrôle un large pan de la vie économique et sociale du pays, notamment dans le Sud et dans la banlieue de Beyrouth, où il possède hôpitaux, écoles, chaîne de télévision et entreprises, sans compter son armée capable de tenir tête à l'ultra-puissance militaire d'Israël, comme il l'a démontré pendant l'été 2006. D'âpres discussions démarrent en coulisses dès aujourd'hui pour la formation d'un gouvernement d'union nationale. Le parti islamiste réclame la reconduction de son droit à une minorité de blocage au gouvernement, un droit obtenu de haute lutte en 2008 avec les accords de Doha qui a permis l'arrivée de Michel Sleiman à la tête de l'Etat. Saad Hariri y est opposé, mais il devra sans doute se résoudre à des compromis car une exclusion du Hezbollah de la vie politique risque de replonger le Liban dans la guerre civile. Hassan Nasrallah a par ailleurs clairement averti sur un point essentiel pour lui : il est hors de question de désarmer le Hezbollah, comme les Occidentaux veulent l'y obliger à la demande d'Israël. Pour le parti islamiste — classé comme organisation terroriste par Washington mais par par la France ni par l'Union européenne --, l'armement du Hezbollah est en effet la seule défense contre les agressions militaires de l'Etat juif. Celui-ci, depuis sa sanglante offensive perdue d'août 2006, réclame à corps et à cris l'application des résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU portant sur le désarmement des factions libanaises et laisse toujours planer le risque d'un nouvel affrontement. Une grande majorité de Libanais, dont le président de la République Michel Sleimane, reconnaissent eux la légitimité de cette Résistance armée du Hezbollah contre l'ennemi israélien.

Ancienne puissance mandataire et toujours principal soutien de l'économie du pays du Cèdre, où elle participe également à la Force militaire de maintien de la paix au Liban-Sud, la France s'est félicitée de "la vitalité de la démocratie libanaise". Satisfaits également, le gouvernement américain et l'ONU ont aussi apporté leur soutien à la coalition pro-occcidentale de Saad Hariri. La Syrie a quant à elle affirmé soutenir "l'esprit de réconciliation et d'entente" des Libanais. Apaisé par les ouvertures diplomatiques de la nouvelle administration américaine de Barack Obama, l'Iran — où se tiendra dans quelques jours l'élection présidentielle qui verra ou pas la reconduction de Mahmoud Ahmadinejad — n'a pour sa part pas réagi officiellement.