Un village français
Un village français

Après avoir longtemps exalté la Résistance, la France se penche désormais sur ses turpitudes pendant l'Occupation. On ne compte plus les débats, documentaires et fictions qui lui sont désormais consacrés sur petits et grands écrans. Signe des temps sans doute, et peut-être aussi d'un régime, le sarkozysme, dont l'esprit général (Ministère de l'Identité Nationale, etc) et le profil des personnalités qui l'incarnent renvoie en creux à cette période du régime de Vichy, avec sa cohorte de traîtres, de collabos et de miliciens. Seule différence, les boucs émissaires ne sont plus les Juifs mais les Musulmans.

Dernière en date donc des grandes "série-télé-évènement" à investir le sujet, Un village français de Philippe Triboit (tous les jeudis sur France 3) raconte le quotidien de l'Occupation allemande à Villeneuve, une charmante petite commune fictive du Jura. Tout commence le 12 juin 1940, lorsque les troupes allemandes pénètrent dans le village et qu'un avion tire sur une classe d'écoliers en balade avec leurs instituteurs. Un choc pour les villageois qui pensaient la veille encore, comme bon nombre de leurs compatriotes, que l'armée française n'allait faire qu'une bouchée de l'ennemi d'outre-Rhin. Anti-héros humains ordinaires, il leur faut dès lors faire avec l'occupant et oscillent entre plusieurs choix: Résistance, collaboration, indifférence aux évènements ? Après avoir tenté de fuir l'invasion, Daniel Larcher (Robin Renucci), médecin, va opter malgré lui pour le devoir et devenir maire de la commune, obligé d'assurer la sécurité des Allemands. D'autres personnages prennent d'autres décisions. Certains passent des compromis, comme Raymond Schwartz (Thierry Godard) qui accepte une commande de l'ennemi pour sauver sa scierie et rester avec sa maîtresse. Des militants communistes (Fabrizio Rongione, Constance Dollé) s'engagent eux dans la Résistance malgré les risques qu'ils font courir à leur famille. Jean Marchetti (Nicolas Gob), un jeune policier au service du Général Pétain, choisit pour sa part la Collaboration, tandis que Lucienne (Marie Kremer), la jeune institutrice, tombe amoureuse d'un soldat allemand. "Cette histoire est vécue sous l'angle de la vie quotidienne, souligne le comédien Robin Renucci. Ce sont des parcours individuels pris dans une tourmente. S'il y a des états d'âme, ils ne viendront qu'après".

Un village français tente de coller au maximum à la réalité complexe de l'époque. Les six premiers épisodes — un par journée de l'année 1940 (12 et 24 juin, 30 septembre, 15 octobre, 7 et 11 novembre) — présentent ainsi l'évolution des comportements d'une dizaine de Français moyens pendant la "zone grise" des premiers temps de l'Occupation où tout se joue. "Je me suis dit que 70 ans après la guerre, le temps était venu de sortir des clichés. Les personnages d'Un village français font donc parti des 95% de la population qui n'étaient ni collaborateurs ni résistants. Ils ne sont ni monstrueux ni héroïques, mais simplement humains", explique le scénariste Frédéric Krivine, déjà auteur de la série PJ pour France 2. Pour l'historien Jean-Pierre Azéma, conseiller historique sur la série, il fallait éviter de tomber dans le manichéisme qui présente habituellement une France divisée entre les bons (les résistants, les juifs) et les méchants (les boches, les collabos), afin de montrer les ambivalences qui caractérisent avant tout cette période trouble.

Le projet d'Un village français, réalisé par Philippe Triboit (réalisateur également de L'embrasement pour Arte et d'Engrenages pour Canal+) est ambitieux. Si les premiers épisodes gagnent les faveurs du public, ce sont au final les 66 mois d'Occupation qui seront couverts par la série. À raison de douze épisodes par an, elle pourrait ainsi occuper le petit écran jusqu'en 2014. Les producteurs — France 3, Tetra Media, Terego et Sofica EuropaCorp (la société de Luc Besson) — investissent un million d'euros par épisode, dont 700.000 pour France 3 seule.

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Philippe Triboit, Un village français, série télé avec Robin Renucci (Daniel Larcher), Thierry Godard (Raymond Schwartz), Nicolas Gob (Jean Marchetti), Audrey Fleurot (Hortense), Patrick Descamps (De Kerven), Nade Dieu (Marie), Marie Kremer (Lucienne), Fabrizio Rongione (Marcel). Scénario de Frédéric Krivine. Six épisodes diffusés sur France 3 les jeudi 04, 11 et 18 juin à 20H35.