Hezbollah / Liban
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En "révélant" que le Hezbollah fait figure de principal suspect dans l'assassinat en 2005 de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, le magazine allemand Der Spiegel, l'un des fleurons de la presse d'information occidentale, vient une fois de plus de s'illustrer comme agent de désinformation au service d'Israël. Selon un rapport des enquêteurs de la commission du Tribunal Spécial pour le Liban (TSL), que l'hebdomadaire allemand affirme s'être procuré, "ce ne sont pas les Syriens, mais les forces spéciales de l'organisation chiite libanaise Hezbollah qui ont planifié et exécuté" l'attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri. Toujours selon Der Spiegel, les enquêteurs se seraient appuyés sur des surveillances électroniques, notamment le traçage des portables qu'aurait utilisés le commando. Les appareils auraient permis de remonter jusqu'au commanditaire de l'attentat, un certain Ajj Salim, commandant d'une unité militaire d'opérations spéciales obéissant directement aux ordres d'Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah.

Le chef de la diplomatie israélienne, Avigdor Lieberman, a aussitôt appelé la communauté internationale à lancer un mandat d'arrêt contre Hassan Nasrallah. En pleine campagne électorale pour les législatives libanaises du 7 juin prochain, pour lesquelles le Hezbollah fait figure de favori, la diffusion de cette information "sensationnelle" reprise par toutes les agences de presse internationales n'est cependant apparue au Liban que pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une grossière manoeuvre de déstabilisation du climat politique et une attaque contre l'Iran après avoir mis vainement en cause la Syrie. La tentative de manipulation de l'opinion est si évidente que même les médias du groupe Hariri se sont abstenus de relayer l'information et le Hezbollah n'a eu aucune peine à dénoncer ces "affabulations qui ont pour objectif d'influencer la campagne électorale et faire oublier les informations sur le démantèlement des réseaux d'espionnage travaillant pour le compte d'Israël". Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a pour sa part invité Daniel Bellemare, le procureur du TSL chargé de l'enquête, "à user de ses compétences pour faire taire ces mensonges" susceptibles de relancer le pays du cèdre dans la guerre civile. Il a également appelé la direction du Spiegel à "vérifier qui a écrit l'article et qui est derrière". L'auteur de l'article, Erich Follath, est en effet un journaliste occidentaliste auteur d'un livre sur les services secrets israéliens, L'Oeil de David. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en visite aujourd'hui au Liban, a quant à lui qualifié l'article d'Erich Follath de "provocation" et de "tentative de politiser l'enquête".

Signe que les possibles résultats du scrutin libanais inquiètent Israël et ses alliés occidentaux, le vice-président américain Joe Biden s'est lui aussi ingéré directement dans la campagne électorale en appelant les Libanais à "ne pas se ranger au côté des parties hostiles à la paix", pointant clairement du doigt le Hezbollah, opposé à la majorité pro-occidentale actuellement au pouvoir à Beyrouth. Le même type de désinformation avait déjà eu lieu lorsque le camp occidental pro-israélien — Etats-Unis de George W. Bush et France de Nicolas Sarkozy en tête — tentaient d'attribuer la responsabilité de l'assassinat de Rafic Hariri à la Syrie de Bachar el-Assad. Le Tribunal Spécial pour le Liban a depuis reconnu qu'il n'avait aucune preuve incriminant l'Etat syrien dans l'attentat contre Rafic Hariri. Il a ordonné récemment la libération de quatre généraux libanais détenus depuis août 2005 dans le cadre de l'enquête. Interrogé sur l'article du Spiegel, le bureau du procureur du TSL a déclaré qu'il "ne commentait pas les questions liées aux aspects techniques de l'enquête".

Selon certains journalistes américains (entre autres Wayne Madsen et Seymour Hersh), l'assassinat de Rafic Hariri aurait pu être commandité directement par l'ex-vice-président Dick Cheney, qui aurait dirigé sous l'ère Bush des sortes d'escadrons de la mort américains agissant de concert avec les services secrets israéliens.