Jack Lang
Jack Lang

Ancien ministre de la Culture et de l'Éducation nationale, l'actuel député PS du Pas-de-Calais, Jack Lang, estime qu'un changement à la tête des ministères de l'Education et de l'Enseignement supérieur est nécessaire pour sortir du conflit dans les universités. Il revient sur son expérience en tant que ministre et militant socialiste, qu'il évoque dans Demain comme hier (1), un livre où il rapporte les rencontres importantes et les moments clés de sa carrière politique.

Nous sommes dans la 15e semaine de mobilisation des étudiants. Que s'est-il passé ?

Jack Lang: C'est une situation attristante. Certaines mesures prises par la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, étaient positives, en particulier la création de campus internationaux. Mais d'autres ont été prises brutalement: la loi LRU, sur l'autonomie des universités, et surtout le décret sur les enseignants-chercheurs. Ajoutons les paroles officielles, qui ont été ressenties comme blessantes... La confiance a été brisée.

Pensez-vous que l'équipe ministérielle doive être remaniée ?

Jack Lang: Je crois qu'il eût fallu le faire il y a un mois. Cela peut contribuer à détendre l'atmosphère. Et je crois que Xavier Darcos et Valérie Pécresse auront une difficulté à se maintenir au moment du remaniement.

Et si on vous proposait de les remplacer, accepteriez-vous ?

Jack Lang: Non. Je ne peux pas ratifier ou approuver une politique de suppression de postes et de crédits.

Vous-même avez été ministre de l'Education. Est-ce un poste difficile ?

Jack Lang: A la Culture, j'étais relativement préparé. Mais à l'Education, je l'étais moins. Aussi, cette difficulté m'a donné beaucoup de bonheur. L'exaltation est forte lorsque vous réussissez à vaincre les obstacles et à trouver des solutions face à une situation dite impossible.

Regrettez-vous ces années ?

Jack Lang: Beaucoup de gens pensent que pour agir il faut être ministre. Mon livre montre qu'avant 1981 j'ai eu la chance de pouvoir réaliser une série d'événements, dont la création du Festival mondial du théâtre, à Nancy. Plus récemment, je suis heureux d'avoir contribué à la révision de la Constitution française. Je me suis également retrouvé en première ligne sur la loi Création et Internet (Loi Hadopi, ndlr), que j'ai soutenue. Nul besoin d'être ministre pour agir.

Comment expliquez-vous le peu d'engouement pour la campagne sur les élections européennes ?

Jack Lang: Globalement, PS et UMP confondus, ça manque de force et d'imagination. J'ai eu la charge d'organiser la campagne du PS pour la première élection au suffrage universel, en 1979. Lors de la manifestation de clôture, j'avais rassemblé 100.000 personnes sur les pelouses du Trocadéro. On avait projeté dans le ciel de Paris, à l'aide d'un laser, le poing et la rose.

------------

(1) Jack Lang et Jean-Michel Helvig, Demain comme hier (Éditions Fayard).