Élections Européennes
Élections Européennes

Stratégie électorale pour les uns, tentation de l'abstention pour les autres... À moins d'un mois des élections européennes, partis politiques et électeurs hésitent encore. Adhésion, vote sanction, abstention ? Même si les tendances se confirment dans les sondages, rien n'est encore joué pour le scrutin du 7 juin prochain.

UMP en tête (26%), PS à la peine (21%), Modem en embuscade (13%)... chacun affine sa stratégie électorale pour tenter de rallier les quelque 46% d'électeurs qui semblent vouloir bouder les urnes. L'abstention est le grand vainqueur désigné par les enquêtes d'opinion. "Si l'élection avait lieu demain, elle atteindrait des records, même pour un scrutin européen", jugeait il y a peu Jean- François Doridot de l'institut Ipsos. La faute à une campagne tardive et à un enjeu difficile à cerner par des Français europhiles mais quelque peu échaudés par la politique ultralibérale et antisociale menée ces dernières par les principaux dirigeants européens, de José Manuel Barroso à Nicolas Sarkozy en passant par Angela Merkel.

Après quinze ans de disette européenne et malgré le fort rejet généré chez les français par Nicolas Sarkozy, la droite fait malgré tout la course en tête, même si ce n'est qu'avec le soutien bien faible d'un français sur quatre. Selon tous les sondages, l'UMP creuse l'écart avec le PS. Forte de ces prévisions, l'UMP privilégie donc une campagne statique pilotée par deux ministres: Michel Barnier et Rachida Dati. Le Parti Socialiste a lui tout à perdre du peu qui lui reste. Il n'égalera pas son score historique des élections européennes de 2004 et l'abstention touche surtout son électorat. "On ne peut pas écarter la possibilité d'un score à 20%", juge Jean-François Doridot, sans exclure "un rebond de l'électorat PS dans les dernières semaines". Cannibalisé à gauche comme au centre, le PS de Martine Aubry et Benoît Hamon a un temps concentré sa stratégie sur le vote sanction avant d'appeler au vote utile. À 13% d'intentions de vote, le MoDem de François Bayrou et Marielle de Sarnez reste dans la moyenne des scores de l'UDF. Même s'il progresse, ce résultat demeure cependant insuffisant pour François Bayrou qui espère égaler son score de la présidentielle de 2007 (18,5%). La sortie de son livre anti-sarkoziste, Abus de pouvoir, et les appels du pied contrariés du PS pourraient servir sa cause. De leur côté, les Verts peinent à décoller. Fruit d'une union mal assortie entre Daniel Cohn-Bendit, les Verts et des personnalités comme José Bové, les listes Europe-Ecologie stagnent à moins de 8% dans les enquêtes d'opinion. Pour relancer sa campagne poussive, Daniel Cohn-Bendit multiplie vainement les appels au débat. Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) défend pour sa part "une autre Europe". Et, pour la première fois, le parti d'Olivier Besancenot, avec plus de 7% d'intentions de vote, dépasse le Front National (FN) d'un Jean-Marie Le Pen dont les électeurs sont désormais passés dans le camp de Nicolas Sarkozy. Avec le Front de Gauche (liste d'union du Parti Communiste de Marie-George Buffet et du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon), la gauche antilibérale frôle désormais les 15% d'intentions de vote. Quant à la droite souverainiste qui rassemble sous la bannière Libertas Philippe de Villiers (MPF) et Frédéric Nihous (CPNT), elle peine à faire émerger son message un tantinet xénophobe d'une "Europe à la dérive". Enfin, l'incertidude demeure sur les éventuels résultats du très diabolisé Dieudonné qui vient de déposer une liste antisioniste que l'Elysée souhaiterait beaucoup faire interdire.

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L'Eurodéputé en chiffres: Lors des élections européennes du 7 juin, quelque 375 millions d'Européens enverront 736 représentants à Strasbourg, dont 78 pour la France. L'Eurodéputé touchera à partir de septembre un salaire unique de 7.000 euros brut par mois, auquel s'ajoute 4.200 euros de frais mensuels, une indemnité de voyage annuelle de 4.150 euros maximum et 298 euros par jour de réunion officielle. Actuellement, 45% des eurodéputés français sont des femmes, contre seulement 18% à l'Assemblée nationale, et il est âgé en moyenne de 57 ans et demi, soit deux ans de plus que son homologue national.