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La République des Lettres

Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke
Lettres à un jeune poète

La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0207-4
Livre numérique (format ePub)
Prix : 5 euros
Disponible chez • FnacAmazonKoboiTunes

Grand Paris

Grand Paris

Un métro aérien longeant le périphérique, la Seine comme boulevard, des écoles suspendues, une forêt d'un million d'arbres,... Dix projets futuristes imaginant la capitale de demain sont aujourd'hui dévoilés par Nicolas Sarkozy à l'occasion de l'inauguration de l'exposition Le Grand Paris à la Cité de l'architecture (1). Vidéos, maquettes, photos, tout est réuni pour se projeter dans le Grand Paris du IIIe millénaire sur lequel planchent depuis maintenant près d'un an la dizaine d'équipes internationales d'architectes et d'urbanistes -- Antoine Grumbach, Jean Nouvel, Roland Castro, Richard Rogers (Rogers, Stirck et Harbour), Yves Lion (Groupe Descartes), Djamel Klouche (AUC), Willy Maas, Bernardo Secchi, Finn Geipel et Christian de Portzamparc -- sélectionnés par le gouvernement dans le cadre de la consultation internationale sur l'avenir de Paris. Leurs visions de l'avenir de la métropole parisienne, toutes plus étonnantes les unes que les autres, ne sont pas censées aboutir dans leur forme actuelle. Des choix seront certes faits en privilégiant l'une ou l'autre des utopies présentées mais des aménagements seront apportés et plusieurs propositions pourront être mariées entre elles pour le projet qui sera finalement retenu.

Parmi ces dix projets du Grand Paris à venir, les architectes ont tenté d'imaginer une nouvelle identité régionale, en dessinant des villes mariant l'homme à la nature et ouvertes sur le monde. Moins de temps de transport et davantage de nature, plus d'équilibre entre la nature et la ville, telles sont les priorités de tous. La redéfinition du territoire impose de nouvelles règles urbanistiques et rurales. La question des transports a notamment interpellé les équipes, dont l'un des objectifs est, comme l'a souligné Jean-Paul Huchon, Président du Conseil régional d'Île-de-France, de "faire gagner une demi-heure de trajet chaque jour aux Franciliens".

L'atelier de Christian de Portzamparc (Laboratoire du CRETEIL) a ainsi imaginé un métro aérien, baptisé "l'annulaire", autour du périphérique. Une nouvelle grande gare européenne construite à Aubervilliers (93) hériterait en outre des lignes TGV des gares du Nord et de l'Est situées actuellement dans le 10e arrondissement de Paris. Plusieurs "fenêtres" de 10 km sur 5 -- Massy-Saclay, Orly-Rungis, Grigny-Evry, Roissy-Le Bourget, Pantin-Bobigny et Paris Nord -- doivent selon lui permettre de se saisir à la fois "du local et du global". Les équipes de Roland Castro fantasment elles un "Grand Paris" de 40km de diamètre, soit 15 fois la surface actuelle de Paris, pour quelque 8 millions d'habitants. Le bâti y prend place au sein de vastes espaces verts, un métro automatique aérien type Orlyval est construit sur l'A86, des lignes de batobus sillonnent la Seine et la Marne et les tours de La Défense s'habillent de verdure (Voir Photo ci-jointe). Roland Castro suggère également la construction de plusieurs grands monuments en banlieue. Antoine Grumbach met pour sa part en avant une imnense coulée verte reliant Paris, Rouen et Le Havre tout au long de la Seine. Cette vallée à grande échelle serait un moyen d'atteindre la "métropole internationale d'après-Kyoto", celle des nouvelles contraintes environnementales. La géographie et le know-how (savoirs-faire) de cette entité doit favoriser la révolution des énergies vertes. Pour l'Allemand Finn Geipel, forêts, parcs sauvages, terres agricoles et jardins doivent largement s'étendre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Sa "ville légère" toute en paysages sera "un lieu de récréation, de contemplation et aussi de production alimentaire", explique-t-il. Les rivières et les fleuves -- Seine, Marne, Oise et Essonne notamment -- sont au coeur du ressourcement de son Grand Paris. Yves Lion suggère de son côté "30% à 40 % de forêt en plus, pour l'exploiter pour le chauffage et la construction". Cet architecte, travaillant avec le groupe Descartes, préconise également la création de 20 "villes durables" de 500.000 habitants sur l'ensemble de la région parisienne afin d'interagir entre "le local et le métropolitain". Son objectif est de réduire d'une demi-heure par jour les déplacements des franciliens. Djamel Klouche, refusant d'ignorer "ce qui constitue 70% de l'agglomération parisienne", se penche lui sur le "Vivre ensemble dans le pavillonnaire". L'atelier de Richard Rogers propose lui de mettre du vert partout. Il projette de supprimer le périphérique pour le remplacer par une une ceinture verte, de planter une forêt d'un million d'arbres près de Roissy et de couvrir d'herbe les toitures de Paris. Outre l'écologie, un autre point commun unit les architectes. Tous sont convaincus que, même si leurs travaux restent sur le papier, le gouvernement français doit mener une politique de grands travaux. Avec la crise, la réalisation du Grand Paris est devenue encore plus urgente et indispensable, affirment-ils. C'est même "l'occasion de sortir de la sinistrose", soutient Roland Castro.

Quoiqu'il en soit, même si l'heure est au débat sur la réforme territoriale, le Grand Paris des années 2050 reste encore un grand mystère. Les architectes ont imaginé leurs projets hors de toute contrainte budgétaire et sans s'occuper de la gouvernance. Le rapport du Comité mené par Edouard Balladur sur la réforme des collectivités locales, qui préconise notamment un Grand Paris réunissant la capitale (75) et les trois départements de la petite couronne (Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne), a bien été présenté à Nicolas Sarkozy mais il est sérieusement contesté. Sa mise en oeuvre avant 2014 paraît bien hypothétique, d'autant que le Conseil régional s'y oppose et que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, travaille depuis trois ans sur une formule alternative baptisée "Paris-Métropole" qui regroupe près de 200 collectivités franciliennes.

À la Cité de l'Architecture, Nicolas Sarkozy a annoncé ses choix et ses souhaits. Il envisage notamment un investissement de 35 milliards d'euros pour le développement des transports en Ile-de-France et reprend en partie le projet du "Grand Huit" de Christian Blanc, secrétaire d'Etat en charge de cette question. Celui-ci entend relier par une sorte de super-métro totalement automatisé dix grands pôles économiques de la région (Roissy, Orly, La Défense, Saclay, Massy, Clichy-Montfermeil, Noisy et Saint-Denis), soit 130 km de trajet. Le projet soutenu par Jean-Paul Huchon, président PS d'Île-de-France, pour désaturer le réseau parisien est également validé. Les RER A, B, C et D seront ainsi modernisés, tandis que le RER E reliera La Défense et Mantes-la-Jolie. Côté urbanisme, le chef de l'Etat promet la construction de 70.000 logements par an, soit le double de ce qui se fait actuellement. Il préconise en outre le développement de la vallée de la Seine jusqu'à la ville du Havre, qui deviendrait du coup "le port du grand Paris" à une heure de la capitale via le TGV. Il souhaite enfin la plantation d'une forêt d'un million d'arbres dans la zone de l'aéroport de Roissy, la création de jardins suspendus dans Paris et l'enfouissement du boulevard Charles-de-Gaulle à Neuilly. Mais rien de tout cela n'est encore financé ni même budgété.

Et la capitale intra-muros peut-elle encore vraiment se montrer audacieuse en matière d'urbanisme et d'architecture ? Complètement chamboulé au XIXe siècle par le baron Haussmann, préfet de la Seine entre 1853 et 1870, Paris a vécu le siècle dernier plus calmement. Ce qui n'a pas empêché certains architectes d'imaginer des projets de réaménagement de grande ampleur, à l'instar notamment de Le Corbusier (1887-1965), à l'origine en 1925 du plan Voisin. Celui-ci prévoyait de raser sur la rive droite une partie du centre de Paris, à l'exception des principaux monuments historiques, pour y construire un quartier de gratte-ciel. "Le Corbusier voulait introduire plus de soleil, plus d'espace et plus de verdure dans le centre de Paris", explique Jean-Pierre Courtiau, urbaniste au ministère de la Culture et de la Communication et auteur du livre Paris, un siècle de fantasmes architecturaux et de projets fous (éditions First). Néanmoins, d'autres constructions ont vu le jour, comme la tour Montparnasse (1973) ou le Centre Pompidou (1977). Des projets qui, selon Jean-Pierre Courtiau, ne seraient peut-être plus possibles aujourd'hui. "Les contraintes réglementaires sont devenues plus fortes et le pouvoir des associations s'est accru, constate-t-il. A l'époque de la tour Eiffel, les protestations étaient venues de peintres et d'écrivains. Désormais, le public a pris le relais et pèse sur les choix architecturaux et urbanistiques. Ceci donne lieu parfois, en l'absence de volonté politique forte, à des projets plus timorés, davantage standardisés". D'où la nécessité pour les autorités d'accentuer le travail de sensibilisation et de pédagogie en amont afin de nourrir la réflexion. "C'est ce que développent les architectes qui ont participé à la consultation sur le Grand Paris, souligne Jean-Pierre Courtiau. Leurs projets, souvent spectaculaires, sont une manière de faire s'intéresser le grand public à l'urbanisme, sujet habituellement réservé aux experts. Le rêve, pouvant être utopie ou réalité, est ainsi mis au service de la réflexion".

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Le Grand Paris, Cité de l'Architecture, Palais de Chaillot, 1 place du Trocadéro 75016 Paris, tél: 01.58.51.52.00. Exposition ouverte tous les jours de 11H à 19H sauf le mardi. Entrée gratuite.