Amin Maalouf
Amin Maalouf

On ne peut guère taxer l'écrivain libanais Amin Maalouf de catastrophiste, comparé aux nombreux annonciateurs de fin du monde et autre choc des civilisations. Néanmoins, celui qui dans ses premiers essais (Les croisades vues par les Arabes) et ses romans (Léon l'Africain, Le rocher de Tanios) se voulait un pèlerin éclairé du rapprochement entre les peuples semble, depuis Les identités meurtrières (1998), avoir été rattrapé par le pessimisme. Son nouveau livre, Le dérèglement du monde, apparaît comme une dernière mise en garde, presque désabusée, contre les multiples dangers qui guettent toutes les civilisations dans un monde ayant atteint "son seuil d'incompétence morale". Jamais le décalage n'aurait été aussi grand entre les moyens (techniques, médicaux, etc...) à la disposition de l'homme et sa capacité à les utiliser à bon escient. Un constat d'échec pour la civilisation occidentale, porteuse de valeurs progressistes mais incapable de les diffuser sans conflits, et la civilisation orientale, au discours parfois revanchard ou inadapté aux réalités du monde contemporain. Face à un monde enfin débarrassé des luttes idéologiques mais tombé dans les conflits identitaires, Amin Maalouf n'y va pas par quatre chemins: "Soit nous saurons bâtir en ce siècle une civilisation commune (...) soit nous sombrerons ensemble dans une commune barbarie".

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Amin Maalouf, Le dérèglement du monde (Éditions Grasset).