Élections en Inde
Élections en Inde

Les élections législatives en Inde — "plus grand exercice démocratique au monde" selon New Delhi — ont débuté hier. 714 millions d'électeurs, sur une population totale de 1,1 milliard d'habitants, sont appelés aux urnes jusqu'au 13 mai pour désigner les 543 députés de l'Assemblée du peuple (le "Lok Sabha"). Pas moins de 6 millions de policiers, soldats et observateurs civils surveilleront le scrutin dans les 828.000 bureaux de vote disséminés dans les 35 Etats fédérés et territoires de l'Union indienne.

Planifié sur un mois en raison des contraintes logistiques qu'implique la taille du pays, le scrutin est divisé en cinq phases. La première s'est tenue hier et a mobilisé plus de 140 millions d'électeurs. Elle concernait dix-sept Etats du nord, de l'est et du sud de l'Inde. Certains présentent une situation sécuritaire sensible. Au Jharkhand et au Bihar (Est de l'Inde), des rebelles maoïstes ont tué hier seize personnes, dont neuf paramilitaires assurant la sécurité du vote. Plus de la moitié des 28 Etats fédérés sont confrontés depuis 1967 à des poches de rébellion maoïstes et bon nombre des 600 départements de l'Union indienne sont sous l'influence de ces "naxalites" qui luttent contre les grands propriétaires terriens et les exploitations de minerais. En 2007, les violences liées aux insurrections maoïstes ont fait plus de 800 morts dans le pays. Les autorités redoutent également des troubles dans la région du Cachemire, en proie pour sa part à une insurrection séparatiste islamiste. L'Inde garde aussi en mémoire les attentats de novembre dernier à Bombay, imputés à un groupe islamiste pakistanais.

Le scrutin reste très ouvert. Plus d'un millier de partis présentent des candidats à ces élections législatives mais trois grands courants dominent l'échiquier politique indien. Le vainqueur, qui sera annoncé le 16 mai, pourrait être le Parti du Congrès, le parti historique de centre-gauche mené par le Premier ministre sortant Manmohan Singh et présidé par Sonia Gandhi, héritière de l'influente dynastie Nehru-Gandhi. Il devance de peu dans les sondages l'opposition de droite nationaliste hindoue incarnée par le Parti du peuple indien, une alliance menée par le Bharatiya Janata (BJP) de Lal Krishna Advani. Ces deux grandes formations devront toutefois aussi compter avec le Parti communiste auquel pourrait s'allier la "reine des intouchables", Mayawati Kumari, Premier ministre de l'Uttar Pradesh (Sud du Népal), Etat le plus peuplé de l'Inde avec 182 millions d'habitants (80 sièges à l'Assemblée), dont 20% de musulmans. Beaucoup d'électeurs semblent aussi se tourner vers des partis locaux proches de leurs préoccupations quotidiennes, ou représentés par des personnalités populaires comme par exemple le Parti du Royaume du Peuple (PRP), fondé par l'acteur de cinéma Chiranjeevi.