Vassily Kandinsky
Vassily Kandinsky

Après Munich et avant New York, le Musée du Centre Pompidou à Paris présente à partir d'aujourd'hui 93 toiles grand format de Vassily Kandinsky, père fondateur de l'art abstrait. La plupart de ces toiles sont issues des trois musées actuellement les plus riches de son oeuvre: la Städtische Galerie in Lenbachhaus de Munich, le Centre Pompidou de Paris (grâce au legs de la veuve de l'artiste Nina Kandinsky) et le Guggenheim Museum de New York. Une rétrospective d'envergure, la première en France depuis 25 ans, pour une explosion de formes et de couleurs.

Qui mieux que le Centre Pompidou, tout de couleurs et de rondeurs vêtu, pouvait accueillir les oeuvres de Kandinsky, expert dans l'art de manier la palette et la géométrie ? Ici, les escalators tubulaires annoncent les courbes et les formes extravagantes peintes par l'artiste russe, adopté par l'Allemagne pré-nazie et naturalisé français en 1939. De 1896 à 1944, l'évolution d'un peintre destiné au droit et à l'économie se poursuit d'étape en étape. De Moscou à Paris, de Munich à Berlin, de Paris à Neuilly, on suit l'itinéraire de ce pionnier de l'abstraction, théoricien de la couleur, fuyant l'Allemagne par deux fois et finalement nourri par la folie du XXe siècle.

En 1895, Kandinsky entame une profonde métamorphose. A 30 ans, il quitte Moscou, délaissant ses travaux universitaires pour rejoindre l'Europe et ses ateliers d'artistes. Ses débuts de peintre sont marqués par la tradition russe, où popes et Moujiks se croisent au fil des toiles, révélant un versant méconnu de son travail. En témoigne La vie mélangée, peinte à Paris en 1907. A cette époque, Kandinsky découvre la série des Meules de Claude Monet. Ses jaunes flamboyants sont une révélation. Dès son retour à Munich, un an plus tard, Kandinsky délaisse peu à peu la peinture figurative au profit de la couleur. Il impose ses aplats, déstructure ses sujets jusqu'à les rendre, à partir des années 1920, insaisissables. Une anecdote résume à elle seule le virage que prend Kandinsky. Un soir, de retour à son atelier, le peintre est saisi par la beauté d'une toile dont il ne distingue que les formes et les couleurs. Ce n'est autre qu'une de ses oeuvres, accrochée à l'envers. Un concours de circonstances qui signe la mort définitive de la figuration pour donner naissance à Un centre (1924), Jaune, rouge, bleu (1925), ou encore Sur les pointes (1928), des toiles peuplées de cercles, polygones, formes triangulaires multicolores. Un mode opératoire que ce révolutionnaire de l'art imposa jusqu'à sa mort, en 1944.

Successivement doctorant en droit, peintre, professeur d'art à Berlin, chargé du développement de la politique culturelle en Russie entre 1918 et 1921, adulé puis renié tant par l'Allemagne nazie que par l'URSS qui, dans les années 1930, retire ses oeuvres des musées, nombre de ses toiles auraient ainsi pu tomber dans l'oubli. Il aura fallu le rachat par Solomon Guggenheim de toutes les oeuvres de Vassily Kandinsky appartenant aux musées allemands, vendues par le pays durant la chasse à "l'art dégénéré", pour permettre aujourd'hui à cette rétrospective-événement de voir le jour. Viennent s'y ajouter les legs de deux des épouses de l'artiste, Nina Kandinsky et Gabriele Munter, ainsi que diverses pièces (aquarelles, manuscrits de la période russe 1914-1917, portfolio du Bauhaus à l'ocassion de son 60e anniversaire en 1926, etc) offerts au Centre Pompidou par des particuliers et par la Société Kandinsky présidée jusqu'à sa disparition par Mme Georges Pompidou, et aujourd'hui par Edouard Balladur.

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Exposition Kandinsky du 08 avril au 10 août 2009 au Centre Georges-Pompidou, 19 rue Beaubourg 75004 Paris, tous les jours sauf le mardi de 11H à 21H, tél: 0144781233. Exposition au Guggenheim Museum de New York du 18 septembre 2009 au 31 janvier 2010.