Isabelle Adjani
Isabelle Adjani

Dans La journée de la jupe, Isabelle Adjani joue le rôle d'un professeur de français qui trouve un revolver dans le sac d'un élève. Elle prend alors sa classe en otage. La comédienne revient sur le propos du film. Financé par Arte et diffusé sur la chaîne en exclusivité quelques jours avant la sortie en salles — record d'audience à la clef --, le nouveau film de Jean-Paul Lilienfeld (XY, Quatre garçons pleins d'avenir) offre à Isabelle Adjani un rôle à la mesure de son talent.

Qu'est-ce qui vous a attirée dans ce projet ?

Isabelle Adjani : C'est d'abord le défi, le challenge d'un rôle fort d'actrice. Et aussi ce traitement non consensuel et politiquement incorrect du sujet. Il n'y a pas d'introduction, on rentre directement au point d'acmé de la situation de cette classe et de l'état de ce professeur de français. Je me suis dit que c'était écrit de manière très inhabituelle et que, si ce premier moment était crédible, les gens allaient suivre. Les adolescents du film n'avaient jamais fait de cinéma.

Comment s'est passé le tournage ?

Isabelle Adjani : Très bien parce qu'il n'y avait pas de confusion. Je suis arrivée devant eux comme leur prof de français et eux mes élèves. Je n'ai pas cherché à leur raconter qui j'étais dans ce métier parce que je ne voulais pas les déconcentrer. Je ne voulais pas non plus faire copain-copain parce que je pensais qu'il nous fallait d'abord nous concentrer pour faire du bon travail.

Comment ont-ils vécu l'expérience ?

Isabelle Adjani : Je les ai trouvés très courageux, vaillants et sympathiques. J'ai commencé jeune aussi, et je sais à quel point c'est difficile de comprendre les codes d'un tournage, d'avoir l'impression de se sentir manipulé. Certains ont craqué parfois parce que c'était difficile de jouer des choses si fortes.

Quelles sont les questions que soulève ce film ?

Isabelle Adjani : Il y en a énormément: le problème de la laïcité, de la mixité à l'école, le problème du sexisme qui peut exister dans les établissements pluriethniques, qui est imposé par les garçons et subi par les filles. Le film tente de faire comprendre que ni l'alibi sociologique ni l'alibi religieux n'ont à franchir le seuil de la classe. Il s'interroge aussi sur la façon de faire comprendre à des jeunes qui ne se sentent pas valorisés que l'enseignement, c'est d'accepter une structure qui peut les construire. Il faut apprendre et ensuite s'exprimer. C'est un peu sévère ce que je dis mais ce n'est ni idéaliste, ni angélique, ni démagogique.

Le film n'est-il pas une objection aux films qui prônent le dialogue, comme "Entre les murs" ?

Isabelle Adjani : Il y a en effet ici une visibilité qui n'est pas masquée. On ne fait pas croire que ce qui ne va pas va. Le film pose cette question: peut-on continuer comme ça ? Et c'est à nous d'y réfléchir.

Est-ce une revendication de jouer dans ce film ?

Isabelle Adjani : Puisque l'occasion m'en a été donnée, je l'ai prise. Je pourrais vous répondre que je suis actrice, que j'ai fait mon travail et que je m'arrête là. Mais je ne ferai pas cela, parce que cela me concerne en tant que mère, citoyenne, et parent d'élève.