Jean Pruvost
Jean Pruvost

Au moment où nous effectuions nos études en lexicographie avec le couple Danièle et Pierre Corbin, à Lille, Jean Pruvost lançait ce qui est devenue la "Journée des dictionnaires de Cergy". Cette manifestation toujours active accueille des conférenciers venus parler de ce vaste domaine qu'est l'étude des dictionnaires. Elle attire chaque année de nombreux étudiants de Jean Pruvost ou de l'université Cergy-Pontoise mais aussi des enseignants, chômeurs, chercheurs, professeurs honorables ou honorés par Pruvost lui-même. Malheureusement la sélection des conférenciers se fait en interne dans les réseaux d'amitiés interuniversitaires et ce sont souvent les mêmes personnes qui sont amenées à parler d'année en année, ce qui enlève sans doute un peu du caractère international que pourrait avoir la rencontre si l'on y acceptait des personnes extérieures. Les journées des dictionnaires de Montréal, Bari ou d'Allemagne procèdent ainsi.

Dernière en date de ces journées, celle qui s'est tenue le 18 mars 2009 a été jumelée à la présentation d'ouvrages traitant de lexicographie. On y relève notamment la publication des Actes de la Journée des dictionnaires de Cergy 2007 (Éditions des Silves). L'ouvrage commence par une préface de Jean Pruvost traitant de quelques lettres inédites entre Paul Robert et la Société du Nouveau Littré (c'est à Georges Duhamel que l'on doit le nom de la "Société du Nouveau Littré", fondée en 1951). Fidèle à son approche, Pruvost s'intéresse à la vie des lexicographes Paul Robert, Alain Rey et Josette Rey-Debove, ainsi qu'aux différentes préfaces des dictionnaires de langue française. Il poursuit son développement dans un chapitre intitulé "De Paul Robert à Alain Rey: deux personnalités marquantes du XXe et du XXIe siècle". Dans son commentaire des biographies de Paul Robert insérées dans Le Robert, Pruvost évoque la vie de Paul Robert, l'implication de sa famille dans le dictionnaire qui lui vaut, en octobre 1970, la formule d'Alain Rey concernant la "famille Robert", son passé de chiffreur en Algérie, etc. Jean Pruvost évoque aussi la vie d'Alain Rey, certes une des premières en milieu savant. Il évoque enfin la proposition faite à Paul Robert de diriger le Trésor de la langue française et la collaboration d'Alain Rey à ce projet gaulliste. A lui seul Jean Pruvost occupe un peu plus du quart de l'ouvrage.

Henriette Walter adopte pour sa part un style assez semblable à celui de Pruvost par son aspect de vulgarisation. Elle fait une sorte de résumé de l'ouvrage de Franck Resplandy, L'étonnant voyage des mots français dans les langues étrangères, consacré aux prêts de la langue française aux langues étrangères. Son article fort instructif nous apprend entre autres que 700 mots français sont entrés récemment dans la langue anglaise. Inès Sfar et Taoufik Massoussi s'intéressent eux à l'analyse et au traitement lexicographique des emprunts. Jean-Claude Boulanger et Anna Malkouwska se penchent sur les emprunts dans le domaine alimentaire et particulièrement sur les nouveaux italianismes, comme par exemple antipasti, cappelleti, penne, tiramisu, panini, etc. Avec l'anglais, c'est l'italien qui domine au rang des langues prêteuses (16 mots). Il est fort intéressant de noter que la majorité des innovations lexicales en matière de cuisine italienne font d'abord leur entrée au Québec. La durée moyenne d'attente d'un mot entre son attestation dans les textes et son entrée dans le dictionnaire est de 16,9 ans. Anna Anastassiadis-Syméonidis s'intéresse quant à elle à l'emprunt du grec moderne au français, analysant le phénomène d'une manière historique et plus générale que ne le font les autres contributeurs. Nathalie Gasiglia traite de son côté du traitement des emprunts dans les dictionnaires d'apprentissage français. C'est avec un sujet pour le moins original que Frédéric Houbert laisse sa marque dans l'ouvrage. Il aborde les emprunts dans les dictionnaires juridiques se fondant sur les classiques français (Gérard Cornu) et anglais (le Black's law Dictionary) pour en venir à la conclusion que "Dans la langue courante, l'emprunt peut permettre d'enrichir le lexique, servir à combler une lacune lexicale ou procéder d'un effet de mode. Dans le vocabulaire juridique, ses fonctions sont tout autres. [...] l'emprunt y désigne le plus souvent une institution: copyright / droit d'auteur, trust, juge d'instruction, hypothèque". John Humbley clôt l'ouvrage par un article sur le remplacement des emprunts, c'est-à-dire sur le traitement offert aux néologismes de langues étrangères à la suite, par exemple, des propositions des commissions de terminologie.