Wole Soyinka
Wole Soyinka

Deux semaines de festivités — expositions de ses photos, lectures de poèmes, représentations théâtrales, etc., sont programmées à Lagos et dans tout le Nigéria pour célébrer les 70 ans de Wole Soyinka, écrivain de langue anglaise né le 13 juillet 1934 à Abeokuta (sud-ouest du Nigeria) et premier africain à avoir reçu, en 1986, le Prix Nobel de Littérature. Formé à l'Université d'Ibadan où il a ensuite dirigé la section théâtre, Wole Soyinka est une des voix les plus importantes de l'Afrique contemporaine et une sorte de "guerrier intellectuel" très attaché aux traditions et aux mythes de son peuple. Bien qu'il soit né au sein d'une famille chrétienne, il a été initié par son grand-père paternel aux mystères de la cosmogonie yoruba, religion panthéiste de millions d'Africains. La grande richesse symbolique de cette très ancienne religion de la terre fait partie intégrante de son univers littéraire, surtout dans ses oeuvres théâtrales comme La danse et l'écuyer du roi ou Les gens des marais. Ses études en Grande-Bretagne lui ont permis d'établir des liens entre la tragédie grecque et les rituels animistes dramatiques. Son adaptation des Bacchantes d'Euripide au monde primitif africain en est un exemple. "Qui lit mes livres sait que ma divinité protectrice est Ogun", dit-il faisant allusion à la force guerrière incarnée par cette divinité.

Wole Soyinka est aussi très connu dans son pays et sur la scène internationale pour son long et farouche engagement politique en faveur de la démocratie et des droits de l'homme dans les pays africains. D'abord emprisonné pour son soutien aux rebelles de la guerre du Biafra, il s'est ensuite violemment opposé au gouvernement militaire du dictateur Sani Abacha, ce qui lui avait valu d'être condamné à mort dans son pays. Contraint à l'exil mais couronné en 1986 par le prix Nobel de littérature, sa notoriété lui a permis de dénoncer et de combattre de l'extérieur la corruption des dirigeants nigérians de l'époque. Rentré au Nigéria après la mort de Sani Abacha en juin 1998, il est devenu une sorte de sage du monde africain, créant des pièces de théâtre dont les représentations se déroulent partout, devant les immeubles publics, les places de marché, les bidonvilles. Dans un pièce écrite en 2001, King Baabu, dont le titre fait référence au classique de l'absurde Ubu Roi, Soyinka parodie les dictateurs africains du passé et du présent. Son oeuvre est composée d'une douzaine de pièces de théâtres, de recueils de poèmes, de romans, d'essais sur les mythes et la littérature africaine et de récits autobiographiques dont le plus connu est sans doute Aké, Les années d'enfance.