Andy Warhol
Andy Warhol

"Tous mes portraits doivent avoir le même format pour qu'ils finissent par former un seul grand tableau intitulé Portrait de la Société. Bonne idée, non ?", aimait à dire Andy Warhol. Excellente, puisque le Grand Palais lui consacre jusqu'au 13 juillet une exposition d'envergure, Le grand monde d'Andy Warhol. L'occasion de (re)découvrir quelque 250 portraits de l'icône du Pop Art. Des stars, surtout, des anonymes parfois, produits entre 1962 et 1987, année de sa mort. Plus de 1.000 portraits sont sortis de son atelier, que l'artiste avait baptisé Factory (L'Usine) en clin d'oeil aux productions industrielles en série. Andy Warhol y collectionnait des photos découpées dans la presse ou prises en studio, matériel à partir duquel il opérait.

Sous la nef du Grand Palais, acteurs (Marilyn Monroe, Brigitte Bardot), chanteurs (Elvis Presley, Mick Jagger), chefs d'Etat (Mao Zedong, Jimmy Carter) et artistes (David Hockney, Roy Lichtenstein) sont nombreux à se voler la vedette. Sans compter les oeuvres de commande passées par de riches privilégiés, ceux que son ami Robert Rosenblum appelait "la cour" de Warhol. "A l'avenir, tout le monde aura quinze minutes de célébrité", ironisait l'artiste.

Que penser dès lors de ces portraits, qui, dès 1970, deviennent un fonds de commerce ? Qui se cache derrière Andy Warhol ? Un artiste commercial ou un révolutionnaire de l'art ? Ni l'un ni l'autre, avance Alain Cueff, commissaire de l'exposition: "Andy Warhol n'est pas le premier à faire des séries, cela commence avec les meules de foin de Claude Monet. En revanche, il en a un usage très spécifique. En ce qui concerne l'image de Warhol, souvent considéré comme superficiel, mondain, volatil, artiste cynique très intéressé par l'argent, le paradoxe Warhol apparaît de lui-même dans cette exposition. Ici, l'artiste n'est pas à l'opposé de son image, mais on mesure sa générosité, son empathie avec ses sujets, son sens professionnel".

Aujourd'hui, le débat sur Andy Warhol et son rapport à l'argent semble un peu dépassé. "Warhol serait d'ailleurs interloqué si on comparait le volume d'argent généré par ses oeuvres et celles des artistes d'aujourd'hui", note Alain Cueff. En effet, s'il touchait de son vivant quelque 25.000 dollars pour un portrait sur commande, un artiste comme Jeff Koons vend aujourd'hui une oeuvre plus de 26 millions de dollars.

Pour percer le mystère Warhol, une seule certitude persiste. "Andy Warhol est un grand provocateur, un manipulateur. Il ne cesse de brouiller les pistes", explique Alain Cueff. Comme disait son vieil ami John Richardson: "Never take Andy at face value". Ce que l'on peut traduire par: "Ne prenez jamais Andy au pied de la lettre".

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• Exposition Le grand monde d'Andy Warhol au Grand Palais, 3 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris, Tel: 01.44.13.17.64. Tous les jours sauf le mardi, du 18 mars au 13 juillet 2009 (10H-20H).