Le Siècle du Jazz
Le Siècle du Jazz

Le Musée du Quai Branly à Paris présente jusqu'au 28 juin une exposition intitulée Le siècle du Jazz. Peintures, photographies, affiches, extraits de films, partitions, revues, pochettes de disques, 78 tours vinyle... Plus de 1.000 objets y rendent compte de l'importance de cette musique créée aux Etats-Unis au début du XXe siècle dans la foulée du Ragtime et du Cakewalk (danse populaire des Noirs américains). L'enregistrement du premier disque de l'Original Dixieland Jazz Band, en 1917, marque sa date de naissance officielle. Depuis, et tout au long du siècle dernier, le Jazz influence les oeuvres d'innombrables artistes: parmi les peintres, citons entre autres Fernand Léger, Francis Picabia, Bernard Buffet, Henri Matisse, Pablo Picasso, Jean Dubuffet, Nicolas De Staël, Kees Van Dongen, Marcel Janco, Pietr Mondrian, Andy Warhol ou encore Jean-Michel Basquiat; Francis Scott Fitzgerald écrit lui ses nouvelles des Enfants du Jazz; Joséphine Baker met le feu aux Folies Bergère; Le Corbusier dessine Devant le Pain de sucre de Rio de Janeiro.

Daniel Soutif, critique d'art, philosophe et commissaire de l'exposition Le siècle du Jazz au Musée du Quai Branly, rappelle que le jazz fut, avec le cinéma, la grande révolution artistique du XXe siècle. Selon lui, le jazz est en adéquation avec son temps, une musique métisse qui s'est nourrie, comme le cinéma et le rock, d'un siècle de transformations.

Peut-on dater l'arrivée de cette musique qu'on appelle le Jazz ?

Daniel Soutif : C'est un mot avant d'être une musique. Ce mot n'était d'ailleurs pas lié tout de suite à une musique. Ça voulait dire quelque chose comme "énergie, dynamisme, vitalité". Les premiers documents datent généralement de 1913, ce qui veut dire qu'il était déjà utilisé avant. Puis, ça s'est développé comme une traînée de poudre.

Comment le jazz a-t-il franchi l'Atlantique ?

Daniel Soutif : Dans les bagages de l'armée américaine, pendant la Première Guerre mondiale. Des troupes, noires, étaient envoyées en Europe, le jazz les a suivies au sein de petits orchestres militaires.

Quelles sont les influences du jazz sur les autres arts ?

Daniel Soutif : Il a eu des effets sur tous les arts, parfois directs, comme pour les peintres figuratifs. Les cinéastes, les graphistes, les auteurs de bandes dessinées, et bien évidemment les photographes, tous se sont inspirés du jazz, comme le montre l'exposition.

Pourquoi Le siècle du Jazz au Musée du Quai Branly ?

Daniel Soutif : C'est une exposition de civilisation, qui cherche à faire apparaître le ferment qu'a représenté le jazz dans tous ses aspects. Ça n'est pas un "art premier", mais au contraire un métissage, de sources espagnoles, africaines, la tradition européenne des cantiques, entre autres.

C'est une musique liée aux secousses du XXe siècle ?

Daniel Soutif : Oui, plus que tout autre forme d'art, à part le cinéma, le jazz s'est fait l'écho des révolutions du siècle: les transports, l'enregistrement, les avions... Cette musique exprime ce mouvement, et en a aussi, pour son universalisme, beaucoup bénéficié.

Qu'est-ce qui a fait la force du jazz ?

Daniel Soutif : Il y en a pour tout le monde. Un Italien, un Juif, un Noir, tous pouvaient trouver quelque chose qui leur évoquait un souvenir. Et, surtout, ça n'était pas un folklore, "le truc de l'autre". De même, l'improvisation plus le rythme, ajoutés à la dimension collective du jeu, faisaient que cette musique avançait, réellement. Enfin, en tout cas dans les premières générations du jazz, n'importe qui pouvait apprendre cette musique, sans distinction sociale, comme Louis Armstrong, qui avait appris la trompette en prison.

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• Exposition Le Siècle du Jazz, Musée du Quai Branly, 206 rue de l'Université et 51 quai Branly, 75007 Paris, Tél: 01.56.61.70.00. Tous les jours sauf le lundi, du 17 mars au 28 juin 2009 (11H-19H).