Cannabis
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La légalisation du cannabis peut-elle sauver le monde de la crise économique ? Aux Etats-Unis on y songe sérieusement. Un député de San Francisco, Tom Ammiano, vient de déposer une proposition de loi en ce sens. Selon lui, en créant un impôt sur la culture de la marijuana et le commerce légal du cannabis, l'Etat de Californie, dont le déficit avoisine les 42 milliards de dollars, serait en mesure de récolter 14 milliards de dollars de revenus annuels. Le député fait ses calculs en se basant sur les taxes et règlementations concernant actuellement l'alcool et le tabac. Son projet de loi est soutenu par l'Organisation Nationale pour la Réforme des Lois sur la Marijuana (NORML), qui a déjà planché sur le sujet et assure qu'une bonne partie des déficits peuvent être comblés par une légalisation du cannabis. "Le cannabis par hédonisme, pour l'usage médical, comme plante cultivée industriellement, et pour tout son attirail, est très populaire et devrait être imposé", affirme le directeur exécutif de la NORML. Selon les résultats de ses analyses budgétaires, les dispensaires procurant de la marijuana à des fins médicales peuvent engranger jusqu'à 50.000 dollars par jour rien que pour la Californie. De quoi sauver quelques banques ou fabricants d'automobiles. De fait, la première filière agricole en Californie n'est ni le vin ni les légumes, c'est déjà le cannabis. C'est même le principal moteur économique du nord de cet Etat devenu ces derniers temps le plus grand producteur de marijuana des Etats-unis.

Le projet séduit de nombreux économistes et responsables politiques libéraux, y compris parmi les conservateurs. Un économiste de Harvard, Jeffery Miron, a même publié en 2007 une lettre ouverte au président George W. Bush intitulée "Les implications budgétaires de l'interdiction de la marijuana". Il y indique que lever l'interdiction sur le cannabis permettrait d'économiser quelque 7,7 milliards de dollars dans la lutte antidrogue et de récupérer jusqu'à 6,2 milliards de taxes. Selon les sondages, quelque 40% des citoyens américains sont favorables à la légalisation du cannabis. Enfin Barack Obama lui-même vient de relancer le débat sur la marijuana thérapeutique en faisant confirmer, par la voix de son ministre de la justice Eric Holder, que la Drug Enforcement Administration (DEA, l'agence fédérale antidrogue), n'interviendra plus contre les centres médicaux distribuant du cannabis, comme c'était encore très souvent le cas sous George W. Bush. En 2004, alors jeune sénateur de l'Illinois, il n'avait pas hésité à déclarer que la guerre contre la drogue était "un échec total" et qu'il fallait "décriminaliser la législation", ajoutant toutefois qu'il n'était pas favorable à la légalisation de la marijuana.

La loi fédérale américaine interdit la culture et la vente de cannabis, considéré comme un stupéfiant, mais treize des cinquante états ont adopté des lois autorisant l'usage de la marijuana dans un cadre thérapeutique, notamment pour les traitements antidouleur. Certaines régions comme entre autres l'Alaska et le Colorado ont même dépénalisé en partie la possession de cannabis en petites quantités. "Les citoyens y sont normaux, les enfants en bonne santé", assure la NORML.

Si l'idée de la légalisation du cannabis fait son chemin, elle suscite aussi de fortes résistances. De nombreux élus et lobbyistes prohibitionnistes montent au créneau pour rejeter l'argument économique. Pour l'association "Save Our Society From Drugs", la légalisation du cannabis multiplierait le nombre des consommateurs et créerait de nouveaux coûts pour la société. La police antidrogue affirme de son côté que le projet "est basé sur l'idée fausse que si on légalise la marijuana, on obtiendra un paradis social et fiscal", car le marché illicite perdurerait tandis qu'on multiplierait le nombre de consommateurs.

En France — où le budget 2009 de Nicolas Sarkozy affiche un déficit colossal de 104 milliards d'euros — on est loin d'évoqur une telle mesure pour renflouer les caisses de l'Etat. La dépénalisation du cannabis n'est pas à l'ordre du jour. On assiste au contraire à un renforcement de la lutte antidrogue et la liste des stupéfiants ne cesse de s'allonger. La ministre de la Santé et des Sports, Roselyne Bachelot, vient d'ailleurs d'interdir certains encens ("Spice", "Sence" et "Gorilla") offrant des mélanges de plantes utilisés comme substitut du cannabis.