Christiane Taubira
Christiane Taubira

Quel a été, selon vous, le véritable ressort de la crise antillaise ? Est-ce une crise sociale, économique, identitaire ?

Christiane Taubira : C'est une crise globale. Une crise sociale, bien sûr, la majorité des revendications portées par le collectif a trait à la demande de plus de justice sociale. Une crise économique: le collectif LKP a mis en cause la logique économique de ces territoires, la logique des monopoles. Et c'est évidemment une crise identitaire, culturelle. C'est une crise très profonde mais qui porte en même temps les germes d'une refonte de la société.

Quelles peuvent en être les conséquences ?

Christiane Taubira : La première conséquence, ce sont les retrouvailles des syndicats. Le LKP a soldé 30 ans de conflits syndicaux. Ils se sont retrouvés et sont restés solidaires. C'est une nouvelle culture syndicale qui s'est mise en place et c'est fondamental pour l'avenir. La deuxième conséquence, c'est le regard nouveau des Guadeloupéens sur la classe politique, l'Etat et les "profiteurs". Ils ont compris que ces derniers représentaient des groupes de personnes organisés pour préserver leurs intérêts. Il y a eu une sorte de prise de conscience accélérée. La classe politique n'a pas échappé à un diagnostic sévère. Le discrédit est maintenant profond. Les gens de la rue disent qu'ils sont déçus par leurs élus.

Les États généraux qui vont être organisés dans les quatre départements d'Outre-mer pourront-ils déboucher sur des solutions durables ?

Christiane Taubira : J'espère que la classe politique et les acteurs de la société civile seront capables de "squatter" ces états généraux, de s'en emparer, d'en faire un lieu ouvert pour des expressions pluralistes et alors ce sera un espace fécond qui proposera des solutions. Si ce n'est pas le cas, ce sera un espace de "rapt", où l'on assistera à la récupération du mouvement par des élus et des pouvoirs économiques organisés. Cela va dépendre de nous. Je n'attends rien du côté de Matignon ou de l'Elysée qui continuent de vouloir, avant la tenue de ces États généraux, faire adopter une loi de replâtrage, périmée, parce que préparée avant les événements. C'est une hérésie. Pourquoi faire des États généraux, si c'est pour légiférer avant ?

L'extrême gauche a t-elle joué un rôle dans la crise antillaise ?

Christiane Taubira : L'extrême gauche a joué un rôle nul en Guadeloupe. Les syndicalistes sont devenus de vrais leaders, déterminés, qui n'ont besoin des conseils ni des uns ni des autres. En Guadeloupe, nous sommes en présence d'un mouvement avant tout syndical et non pas politique.