Siné - Maurice Sinet
Siné - Maurice Sinet

Siné — Maurice Albert Sinet pour l'état civil — est né le 31 décembre 1928 à Paris. Son père naturel, Laurent Versy, ferronnier d'art, est le second époux de sa mère, née Fabienne Ducrocq, qui donnera cependant à son fils le nom de son premier mari (Albert Sinet). Le jeune Siné passe son enfance dans le quartier de la Goutte d'Or à Paris. Après le collège Colbert, il entre en 1942 à l'École Estienne afin de devenir graphiste-maquettiste. Entre 1946 et 1948, il chante dans le groupe "Les Garçons de la rue" qui tourne dans les cabarets parisiens. En 1949, après avoir effectué son service militaire, il se prend de passion pour le dessin en découvrant l'oeuvre de l'illustrateur américain d'origine roumaine Saul Steinberg (1914-1999). Il commence à réaliser quelques croquis et s'amuse à retoucher des photographies de magazines pornographiques.

Le premier dessin de Siné paraît en 1952 dans France Dimanche. Il commence rapidement à se faire un nom dans le domaine du dessin, de l'illustration et de la création d'affiches. En 1955, il reçoit le Grand Prix de l'humour noir pour son premier recueil, Complainte sans paroles (éditions Jean-Jacques Pauvert, préface de Marcel Aymé, postface de Jacques Prévert). Une série de dessins humoristiques mettant en scène des chats — Pompe à chats (1956), Portée de chats (1957) — le fait bientôt connaître du grand public.

De 1958 à 1962, Siné travaille comme dessinateur à L'Express où sa féroce veine satirique commence alors à s'exprimer pleinement, mais ses positions anarchistes et anticonformistes font polémique. Certains de ses dessins sont refusés. Son "débloque-note" provoque le courroux de Jean-Jacques Servan-Schreiber. Il quitte le magazine en 1963 pour fonder son propre journal baptisé Siné-Massacre. Fidèle à ce qui est devenu sa marque de fabrique, le dessinateur mêle dessins pornos et caricatures politiques, fustige les Etats colonialistes (France et Israël en premier lieu) et raille toutes les institutions sans exception, de l'armée à l'église en passant par la police, le patronat et la Justice. Il collabore aussi pendant quelques mois à la revue tiers-mondiste Révolution africaine fondée par son ami Jacques Vergès, l'avocat du FLN. Après Dessins de L'Express (1963), un nouveau recueil de ses dessins de presse, Haut le coeur !, est publié en 1965.

En mai 1968, Siné fonde avec l'éditeur Jean-Jacques Pauvert un nouveau journal satirique, L'Enragé, dans la même veine libertaire que le précédent, qui fera fureur pendant les évènements. Son aventure dans le dessin de presse se poursuit à travers divers journaux et magazines tandis que sortent recueils et albums: CIA (1968), Siné Massacre (1973), Au Secours (1973), La chienlit c'est moi ! (1978), Érotissiné (1980)... Au début des années '80, Siné intègre la première équipe de Hara-Kiri (Georges Bernier, alias Professeur Choron, François Cavanna, Topor, Fred, Reiser, Wolinski, Gébé, Cabu, Delfeil de Ton, Fournier, Willem,..) et de Charlie-Hebdo où il signe la rubrique Siné sème sa zone. Il collabore parallèlement, avec Cabu et Loup, à l'émission Droit de Réponse de Michel Polac sur TF1. Il publie de nouveaux recueils: Siné dans Charlie-Hebdo (1982), Siné dans Hara-Kiri Hebdo (1984) et reçoit le Prix Honoré Daumier 1984. En 1985, la LICRA l'accuse d'antisémitisme à la suite de propos anti-israéliens tenus sur la radio libre Carbone 14. Il présente des excuses publiques et la LICRA ne porte pas plainte.

Après la suppression de Droit de Réponse en 1987, il rejoint L' Événement du Jeudi de Jean-François Kahn et publie en 1989 Pourquoi tant de haine ? 40 Ans de noirs dessins. Il collabore aussi entre autres à Paris-Match, Le Canard enchaîné, Elle, France-soir, Lui, La Grosse Bertha,... En 1992, il reprend son ancienne rubrique Siné sème sa zone dans le Charlie Hebdo nouvelle formule désormais dirigé par Philippe Val. Passionné de Jazz, il publie un livre sur le sujet, Sinéclopédie du jazz (avec André Clergeat, 1995) ainsi que les illustrations d'un album de CD, Vive le Jazz ! (1996). En 1999, sortent les tomes 1 et 2 de Ma Vie, Mon Oeuvre, Mon Cul !, consacrés à ce qu'indique le titre (les tomes 3 et 4 paraîtront en 2000, les tomes 5 et 6 en 2001 et le tome 7 en 2002).

À Charlie-Hebdo, les relations sont tendues entre le très autocrate réactionnaire "de gauche" Philippe Val, philosémite notoire, et le viel anarchiste anti-sioniste qui appelle à voter en 2004 pour la liste Euro-Palestine. À la suite d'une chronique ironique sur Jean Sarkozy dénoncée par le journaliste Claude Askolovitch, Philippe Val l'accuse d'antisémitisme et l'oblige à quitter l'hebdomadaire. L'affaire fait polémique. La LICRA porte plainte pour "incitation à la haine raciale" tandis que nombreux artistes et intellectuels comme Michel Onfray, Plantu, Tardi, Guy Bedos, Denis Robert, Christophe Alévêque, Gérard Filoche, Pétillon, Bruno Gaccio ou Raoul Vaneigem soutiennent le dessinateur. Siné lance alors avec sa femme (née Catherine Failliot, épousée en 1975) son troisième journal, Siné Hebdo, actuellement en train de supplanter Charlie Hebdo sur le marché de la presse satirique française.

En février 2009, le Tribunal correctionnel de Lyon relaxe Siné des accusations abusives d'antisémitisme et d'incitation à la haine raciale dans l'affaire Jean Sarkozy / Philippe Val, considérant qu'il s'est simplement "autorisé à railler sur le mode satirique l'opportunisme et l'arrivisme d'un homme jeune engagé sur la scène politique et médiatique".