Malek Boutih
Malek Boutih

Abdelmalek Boutih — dit Malek Boutih — est né le 27 octobre 1964 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) dans une famille algérienne originaire de Kabylie.

Son père, Zerrouk Boutih, ancien du FLN, travaille comme ouvrier dans le bâtiment. Sa mère, née Aïcha Cheffaï, fait des ménages. La famille, arrivée en France juste après la guerre d'Algérie, vit dans un immeuble insalubre à Boulogne-Billancourt. Deuxième de cinq enfants, Malek contracte à 9 mois une poliomyélite qui lui laissera à vie une légère claudication.

Après l'école primaire, il cherche lui-même un lycée et décide d'intégrer le très huppé Lycée Saint-James de Neuilly-sur-Seine. Il passe le Baccalauréat puis entame des études de Droit à l'Université Paris X-Nanterre. Il occupe parallèlement divers petits boulots, frôle un temps la petite délinquance, envisage de devenir journaliste, mais découvre avant tout la politique et le militantisme.

En 1983, à 19 ans, Malek Boutih participe à la première grande Marche des Beurs pour l'Égalité, qui donnera naissance l'année suivante à l'association SOS Racisme. Aux côtés de Julien Dray, Harlem Désir (premier président de SOS Racisme entre 1984 et 1992) et de quelques autres militants mis en orbite par François Mitterrand et le Parti Socialiste alors au pouvoir, il s'engage à fond dans le mouvement dont le slogan médiatique, "Touche pas à mon pote !", fait à l'époque fureur.

Il devient Vice-président de SOS Racisme en 1985 puis Président de 1999 à 2003. Sous sa direction SOS Racisme ne défend pas véritablement les milieux de l'immigration qu'elle est censée représenter et perd progressivement toute crédibilité. L'association est même désormais très contestée dans les banlieues en raison de son deux poids deux mesures en matière d'antiracisme. Parfois qualifié de "sioniste" et "d'islamophobe", Malek Boutih — comme Dominique Sopo, actuel président — a en effet nettement privilégié la seule lutte contre l'antisémitisme. Beaucoup estiment à l'époque que le premier patron beur de SOS Racisme, qui s'affiche alors volontiers dans les médias devant une grande ménora dorée (le chandelier hébraïque à sept branches), est "complètement prisonnier de ses parrains feujs".

En 1993, Malek Boutih fonde l'association La Maison des potes, installée dans un quartier de la Grande Borne à Grigny (Essonne). Il crée également le journal Pote à pote et devient Président de la Fédération Nationale des Maisons des Potes (fonction occupée de 1994 à 1998). L'année suivante il lance aussi l'association Banlieues du Monde. Il fustige la violence des délinquants des cités, qu'il n'hésite pas à qualifier de "barbares", proposant d'instaurer un couvre-feu pour les mineurs et de mettre en place des internats très surveillés pour lutter contre l'insécurité. Il dénonce l'extrêmisme religieux (surtout l'Islam représenté par le Conseil Français du Culte Musulman qu'il abhorre), traite l'intellectuel musulman Tariq Ramadan de "Le Pen arabe" et prend clairement position contre la discrimination positive.

Membre du Parti Socialiste depuis 1986, Malek Boutih est nommé en 2003 Secrétaire national du parti, chargé depuis 2005 des Questions de Société, de l'immigration et de la lutte contre le racisme. Sur le sujet des toximanies, pour lequel il a rédigé un rapport repris officiellement par le PS, il se prononce en faveur d'une dépénalisation du cannabis. Il provoque un certain embarras au sein de la Gauche en se déclarant en faveur des quotas d'immigration — ce que le Front National ne manquera pas d'exploiter — et défend un idéal de vraie-fausse "République métissée" très proche des thèses de Nicolas Sarkozy.

En 2006, Malek Boutih soutient la candidature de Ségolène Royal lors des primaires socialistes pour l'élection présidentielle française de 2007. Parachuté par le PS dans la 4e circonscription de la Charente, contre l'avis des militants locaux, il est éliminé dès le premier tour des législatives de juin 2007. Depuis cet épisode, ce proche de Julien Dray et de Ségolène Royal critique régulièrement les initiatives des autres dirigeants du Parti Socialiste, parfois sévèrement comme c'est le cas pour le plan d'urgence anticrise lancé par Martine Aubry.

Officiellement défenseur de l'Initiative de Genève pour la Paix au Proche-Orient, il soutient toutefois des thèses clairement pro-israéliennes, même lors de l'injustifiable massacre de plus de 1.300 palestiniens de la Bande de Gaza. Non reconduit au Secrétariat national du PS, Malek Boutih pourrait céder aux avances de Nicolas Sarkozy qui le presse en coulisses depuis longtemps d'accepter un Secrétariat d'État. Pour Pouria Amirshahi, Secrétaire aux Droits de l'homme du PS, ce "Sarko-compatible sur à peu près tous les sujets" [...] doit maintenant "choisir son camp" et dire clairement s'il suit le chemin d'Eric Besson et Bernard Kouchner.

Chevalier de l'ordre national du Mérite, membre du Conseil Économique et Social (section des affaires sociales), Malek Boutih est l'auteur de La France aux français ? Chiche ! (avec Elisabeth Lévy, 2001) et Itinéraire d'un enfant d'émigrés (2004). Il est lauréat 2003 du Prix du Trombinoscope (personnalité politique de l'année) décerné par le Sénat.