France Soir
France Soir

France-Soir est un quotidien d'informations générales français fondé à la Libération par deux anciens Résistants, Robert Salmon et Philippe Viannay. Le premier numéro officiel, titré France-Soir - Défense de la France et daté du 7 novembre 1944, succède à Défense de la France, un bulletin clandestin publié depuis 1941 par le mouvement de Résistance du même nom. Sous la houlette de Pierre Lazareff le nouveau journal reprend surtout la formule et les installations de feu le grand quotidien populaire qu'il dirigeait avant-guerre, Paris-Soir, contraint de cesser sa parution pour cause de collaboration avec le régime nazi.

France-Soir réunit bientôt les plus grandes plumes de la presse de l'époque (Henri Amouroux, Lucien Bodard, Joseph Kessel, Philippe Labro, Henri de Turenne, Paul Gordeaux, etc). Le rédactionnel couvre largement les faits-divers, le sport et le people. Les bandes dessinées en feuilleton ainsi que les programmes des courses hippiques deviennent également des domaines de prédilection du titre. En 1948, un supplément dominical baptisé Le Journal du Dimanche est ajouté à l'édition quotidienne. En 1949, la FEP (société éditrice de France-Soir) fusionne avec Publi-France, une filiale du groupe Hachette qui publie le quotidien Paris-Presse / l'Intransigeant. Les deux journaux sont regroupés dans une même société en 1952 avant l'absorbtion complète de Paris-Presse. Dans les années '60 et '70, France-Soir devient le plus grand quotidien populaire français. Rédigé par quelque 400 journalistes, son tirage atteint 1 million d'exemplaires en 1954, 1,5 million en 1958 et se maintient au-dessus du million jusqu'en 1966.

Après le décès de Pierre Lazareff en avril 1972, le journal, concurrencé notamment par la radio, entame un long déclin. Les directeurs de la rédaction — Jean Méo, Henri Amouroux, Jean Gorini — se succèdent sans parvenir à enrayer la chute du lectorat. En 1976, la Librairie Hachette vend France-Soir au groupe Presse Alliance de Paul Winckler, qui le rétrocède presque aussitôt à la Socpresse du "papivore" Robert Hersant. Sur les 200 journalistes encore en place, 80 font jouer la clause de conscience et quittent le journal. Des grèves à répétition font fuir les lecteurs encore fidèles et la diffusion baisse à 400.000 exemplaires en 1983 malgré le succès de France-Soir Magazine, lancé en 1981. Le groupe Hersant met en place un plan de redressement (licenciements, vente de l'immeuble historique du 100 rue Réaumur, etc). La rédaction est informatisée et tente l'aventure d'éditions hebdomadaires gratuites. De nouveaux PDG, Philippe Villin et Yves de Chaisemartin, sont nommés. La situation ne cesse cependant d'empirer, y compris après le nouveau plan de relance de 1998 (deux ans après la mort de Robert Hersant) qui transforme le journal en tabloïd de 32 pages et installe rédaction et imprimerie à Aubervilliers, dans la banlieue de Paris.

Déficitaire, France Soir, qui ne tire plus qu'à 148.000 exemplaires, est vendu en 1999 pour un franc symbolique à la Financière immobilière Saint Augustin de l'homme d'affaires libanais Georges Ghosn, ancien patron de La Tribune et du Nouvel Economiste. Jean-Luc Mano, nommé directeur de la rédaction, lance en vain une énième nouvelle formule sur le modèle des tabloïds anglais type The Daily Mirror ou The Sun. Georges Ghosn décide l'année suivante de cèder la totalité de ses parts au groupe Poligrafici Editoriale, 3ème groupe de presse italien, qui détenait déjà 35% du quotidien et recapitalise le titre à hauteur de 80 millions de francs début 2001. Plans sociaux (60 licenciements en 2001-2002), nouveaux directeurs (Dominique Pouchin, Philippe Bouvard, André Bercoff), changements de ligne éditoriale et suppléments (rachat en 2000 à Jean-François Kahn de l'hebdomadaire L'Événement du jeudi, rebaptisé L'Événement, qui devient le supplément télé-guide-culture de France-Soir avant d'être rapidement supprimé) ne parviennent toutefois toujours pas à enrayer la chute des ventes qui oscille désormais autour de 60.000 exemplaires. En 2004, 70% des parts de Presse Alliance (société éditrice du quotidien) sont rachetés via Montaigne Press par l'homme d'affaires franco-égyptien Rami Lakah. Valérie Lecasble devient directrice de la rédaction mais avec 800.000 euros de perte par mois pour un tirage quotidien moyen de 42.000 exemplaires, France-Soir dépose le bilan à l'automne 2005. L'entreprise est placée en redressement judiciaire pour six mois.

En février 2006, France-Soir voit soudain les projecteurs du monde entier se braquer sur ses pages. Seul de l'ensemble des quotidiens français, il reproduit une douzaine de caricatures de Mahomet publiés initialement dans le quotidien danois Jyllands-Posten. Serge Faubert, à l'époque rédacteur en chef, se défend d'avoir voulu tenté un coup de pub désespéré pour retrouver des lecteurs. Le tirage du journal n'avait d'ailleurs pas été augmenté ce jour-là. Jacques Lefranc, directeur de la publication, est néanmoins licencié suite à la polémique. L'affaire des caricatures islamophobes sera en réalité surtout exploitée par Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, qui sous prétexte de "soutien à la liberté d'expression", publie lui délibérément cette offense religieuse qui amalgame Islam et terrorisme islamiste, choque des dizaines de millions de musulmans et attise la colère du monde arabe.

Après ce petit coup d'éclat, France Soir reprend son lent déclin. Quelques repreneurs potentiels se présentent toutefois pour relancer le journal. L'affairiste juif Arcadi Gaydamack, réputé mafieux, se porte acquéreur du titre via son très opaque groupe de médias israélo-russe Moscow News. Son offre trop belle pour être réaliste est soutenue par la rédaction de France-Soir et par une partie de la presse française, dont le Syndicat National des Journalistes (SNJ), mais le tribunal de commerce de Lille ne parvient pas à obtenir des garanties bancaires et des renseignements sur l'origine des fonds promis par Arcadi Gaydamack. Celui-ci, condamné à 13 mois de prison avec sursis, doit déjà 33 millions d'euros au fisc français. Il fait en outre l'objet d'un mandat d'arrêt international à la suite de l'Angolagate, sombre affaire de trafic d'armes mêlant politiciens (Jean-Christophe Mitterrand, Charles Pasqua), jet-setters (Paul-Loup Sulitzer), escrocs et barbouzes de tous poils.

En avril 2006, un tandem réunissant le journaliste sportif Olivier Rey et le promoteur immobilier Jean-Pierre Brunois (société VME Patrimoine) est finalement désigné comme repreneur du titre en faillite après avoir mis 700.000 euros sur la table. La moitié des 117 salariés de France-Soir est licenciée. Dominique Jamet, puis Roberto Alvarez, nouveaux directeurs de la publication, ne pilotent plus qu'une rédaction de 35 journalistes. Le Chiffre d'affaires 2007 s'élève à quelque 20 millions d'euros et la diffusion stagne autour de 23.000 exemplaires, dont 1.800 abonnements.

En janvier 2009, dans le cadre d'un nouveau plan de sauvetage, le tribunal de commerce de Lille donne son feu vert à une reprise quasi totale du titre par Sablon International, un fonds d'investissement dirigé par le français Alexandre Pougatchev, fils du milliardaire russe Sergueï Pougatchev. Ce dernier, à la tête d'une fortune estimée à un milliard et demi d'euros, est le principal actionnaire du groupe Luxadvor, qui contrôle entre autres une chaîne d'information locale de Moscou (Moskovia) et l'enseigne française d'épicerie fine Hédiard. Sablon, qui détenait déjà près de 20% des parts, est autorisé à posséder désormais 85% du capital de France-Soir, les 15% restants étant conservés par Jean-Pierre Brunois. Selon diverses sources, le nouveau rédacteur en chef pourrait être Gilles Bornais, actuel conseiller médias d'Alexandre Pougatchev, concepteur du projet "Kill Bild" pour le groupe Amaury et ancien rédacteur en chef du Parisien - Aujourd'hui en France.