la République des Lettres

Cesare Battisti

Cesare Battisti

Cesare Battisti

Affaire Cesare Battisti : la lutte continue au Brésil.

Par Noël Blandin / La République des Lettres, mercredi 14 janvier 2009.

S'opposant à la décision du Comité national pour les réfugiés au Brésil qui a récemment refusé d'accorder le statut de réfugié politique à Cesare Battisti, le ministre brésilien de la Justice, Tarso Genro, recommande pour sa part à son pays de lui accorder l'asile politique. Tarso Genro justifie son avis en raison d'un risque de persécution du prisonnier dans son pays d'origine. C'est maintenant à la Cour suprême du Brésil de décider de l'avenir de l'ex-militant italien d'extrême gauche.
Le gouvernement italien est choqué par la décision du ministre brésilien et demande au président Lula da Silva, "dans le cadre de la coopération judiciaire internationale dans la lutte contre le terrorisme", de revenir sur cette décision d'asile politique. "Ce choix est grave car il introduit la possibilité d'une remise en liberté de Battisti [et] il est offensant car penser qu'il puisse être considéré en Italie comme un persécuté politique revient à bafouer notre démocratie", indique le Secrétaire d'Etat à l'Intérieur. Une association italienne de victimes du terrorisme, Domus Civitas, qualifie quant à elle la décision du Brésil "d'humiliation pour les victimes et la justice italienne". Contrairement aux français qui à l'époque ne formèrent pas vraiment de groupes révolutionnaires violents, les italiens gardent eux très présent le souvenir du traumatisme de leurs années de plomb où diverses organisations clandestines, telles les Brigades Rouges pour la plus connue, prônaient activement la lutte armée et commirent nombre d'attentats meurtriers dans le pays. Tous bords politiques confondus, l'Italie d'aujourd'hui approuve largement les procédures qui doivent aboutir à une exécution réelle des milliers de décisions de justice prononcées depuis 25 ans contre ses anciens "terroristes rouges". Dans plusieurs entretiens donnés récemment à la presse à partir de sa prison brésilienne, Cesare Battisti dit craindre pour sa vie s'il est extradé vers l'Italie.
L'affaire Battisti.
Cesare Battisti a été arrêté le 18 mars 2007 près de la plage de Copacabana à Rio de Janeiro (Brésil) après 30 mois de cavale. Il a été capturé dans la rue par la police brésilienne au moment où un membre de son comité de soutien, entré au Brésil avec une somme de 9.000 euros, allait lui remettre de l'argent. L'opération a été coordonnée par les services d'Interpol, la jeune femme ayant été filée par des policiers français de l'Office Central de Lutte contre la Criminalité qui ont transmis leurs renseignements à la police brésilienne.
Cesare Battisti vivait alors depuis août 2004 dans la clandestinité. Il avait été arrêté à Paris six mois plus tôt mais, remis en liberté sous contrôle judiciaire, il s'était enfui lorsque le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin a décidé, après plusieurs recours en Justice, de l'extrader vers l'Italie, son pays d'origine qui l'a condamné par contumace en 1993 à une peine de prison à perpétuité pour quatre meutres commis en 1978 et 1979 (deux homicides directs et complicité dans deux autres). Sa condamnation à la réclusion à perpétuité est devenue là-bas définitive et irrévocable. Au moment de l'arrestation en France, l'écrivain et journaliste Gilles Perrault n'avait pas hésité à qualifier la capture de Cesare Battisti d'"électorale et même électoraliste", sachant que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur et candidat à la présidentielle de 2007, avait promis d'avoir sa tête avant les élections.
Auparavant, cet ancien membre des Prolétaires Armés pour le Communisme (PAC) s'était évadé d'une prison italienne en 1981 et avait gagné le Mexique avant de se réfugier à Paris en 1990. Comme beaucoup d'anciens militants de l'extrême-gauche italienne des années de plomb -- dont Marina Petrella, ex-membre des Brigades rouges autorisée elle en octobre 2008 à rester en France pour "raisons de santé" --, il avait refait sa vie sous la protection de la "Doctrine Mitterrand". Cet engagement pris en 1985 par le président de la République stipulait en effet que les anciens activistes politiques italiens réfugiés en france qui renonceraient à la violence ne seraient pas extradés. Devenu concierge dans un immeuble du XIe arrondissement de Paris et tranquille père de famille, Cesare Battisti s'est mis à écrire des polars. Onze de ses livres ont été publiés chez Gallimard au cours des années '90 et 2000.
Un comité de soutien initié par des auteurs de polars s'est très tôt mobilisé pour tenter d'empêcher l'extradition de Cesare Battisti. Une pétition où figurent notamment Gilles Perrault, Patrick Raynal, Thierry Jonquet, Jean-Marie Laclavetine, Joëlle Losfeld, François Guérif, Olivier Rubinstein, Sabine Wespieser, Dan Franck, Bernard-Henri Lévy, Michel Quint, Didier Daeninckx, Philippe Sollers ou encore Régine Deforges, a recueilli plus de 12.000 signatures dans les milieux intellectuels et littéraires. L'archéologue et romancière Fred Vargas, auteur de romans policiers à succès, a en outre publié un recueil de textes intitulé La Vérité sur Cesare Battisti. Arguments à l'appui, elle y prend la défense de l'ex-militant qu'elle croit "innocent à 99%" et livre des éléments permettant de comprendre l'affaire dans son contexte historique et politique, resituant notamment le parcours des jeunes gens qui furent tentés dans les années '70 par l'engagement révolutionnaire et son corollaire, la violence. Plusieurs associations de défense des Droits de l'homme et partis politiques de gauche ont également plaidé en faveur de Cesare Battisti auprès de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.
Cesare Battisti, aujourd'hui âgé de 54 ans, a publié en 2006 Ma cavale, un livre préfacé par Bernard-Henri Lévy où il se défend d'avoir commis les meutres dont on l'accuse. Il sait qu'il n'aura droit à aucun nouveau procès en Italie. La procédure qui doit décider de la demande d'extradition déposée par l'Italie a débuté au Brésil il y a environ un an. Elle peut prendre encore plusieurs mois.

 

À propos de la République des Lettres : Mentions légales & Contact
La République des Lettres