Philippe Sollers
Philippe Sollers

En 1963, le jeune écrivain Philippe Sollers se rend à Venise avec son initiatrice Dominique Rolin. Depuis, il y retourne tous les ans, chaque printemps et chaque automne. C'est là-bas — ou plutôt là-haut comme disait Casanova — qu'il compose en partie ses romans et qu'il se procure la fameuse encre bleue avec laquelle il écrit ses livres.

Quarante ans après cette première rencontre élective, le vieil écrivain Philippe Sollers rend hommage à la cité qui lui a inspiré la plupart des passions littéraires et artistiques de sa vie et dont il est plus que jamais amoureux. De A (Amour) à Z (Zattere), son Dictionnaire amoureux de Venise passe en revue tous les personnages clés participant de l'infini glorieux de la Sérénissime: L'Arétin, Casanova, Nietzsche, Monteverdi, Da Ponte, Le Titien, Vivaldi, Baffo, Stendhal, Véronèse, Bartoli, Marco Polo, Byron, Mozart, Guggenheim, Tiepolo, Goldoni, etc., sans oublier bien entendu l'entrée "Sollers".

L'amoureux fou de Venise nous conseille de devenir des clandestins de la cité des Doges. Il nous invite à traverser les clichés et les écrans qui emprisonnent la ville, notamment ceux du mythe romantico-poétique sur la mort de Venise — générée par les autrichiens au XIXe siècle et répandue ensuite par de nombreux écrivains et artistes comme Maurice Barrès, Richard Wagner, Thomas Mann,... — et ceux tout aussi mythologiques du voyage à Venise, type Paul Morand, qui ont eux généré le tourisme de masse que l'on sait.

À cette Venise mélancolique et touristique des XIXe et XXe siècle, Philippe Sollers célèbre une Venise de l'amour et de l'infini. Une Venise joyeuse, secrète, éternelle, une Venise des musiciens, des peintres et des poètes libertins du XVIIIe siècle, mais aussi une Venise bien contemporaine que l'on trouve par exemple du côté du très actif port maritime, tout aussi pourvoyeuse d'allégresse à celui qui saura écouter.

"Venise, voilà son secret, est un amplificateur. Si vous êtes heureux, vous le serez dix fois plus, malheureux, cent fois davantage. Tout dépend de votre disposition intérieure et de votre rapport à l'amour. L'amour ? Oui, et dans tous les sens : anges et libertinage, architecture, peinture, musique, roman, poésie, mais aussi air, pierre, eau, étoiles. Nature et culture enfin à égalité. Venise n'est pas un musée, mais une création constante. Si vous échappez aux clichés, au tourisme, aux bavardages; si vous avez réussi à être vraiment clandestin ici, alors vous savez ce que le mot paradis veut dire", écrit Philippe Sollers.

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Philippe Sollers, Dictionnaire amoureux de Venise (Éditions Plon).