Grégoire Bouillier

Pour qui douterait encore que la lecture d'un livre puisse constituer une expérience capitale dans l'existence d'un individu --... que la littérature puisse être prise à la lettre (au choix) comme talisman, guide, viatique, motif, bouée de sauvetage, seul repère décidé cohérent... --, celle, répétée, de Mrs Dalloway — que je n'ai lue, ni ne lirai probablement jamais --, de Virginia Woolf, telle que restituée par Grégoire Bouillier, ferait se résoudre ses questions, apaiserait tensions et passions, agirait comme un souverain philtre contre ses empoisonnements les plus tenaces. Si, en prime nous y croisons le fantôme d'Hervé Guibert, revisitons en songe Aurora de Michel Leiris, passons par les étranges rituels propriatoires de Sophie Calle, "artiste contemporaine" — à laquelle une déclaration d'amour vrai est proférée --, partageons son aversion pour les sous-pulls à col roulé, entendons les résonances qu'engendre le problème simple du changement d'une très prosaïque ampoule électrique, et si l'ensemble de ces éléments disparates s'emboîtaient parfaitement comme les pièces d'un puzzle idéel... Si vous pensez aussi que le départ d'une femme aimée puisse toujours se transmuer en l'événement alpha de votre vie... Si, de plus, de saines envolées lyriques évoquant la mission de la sonde Ulysse se propulsant en direction du Soleil s'y mêlaient... Si, encore, les synchronicités jouent — à vos dépens — et résistent, et si vous n'avez pas renoncé à croire au surgissement hautement aléatoire du miracle... Si, patiemment, vous désirez défaire un par un chacun des noeuds qui encore limitent votre entendement... Si, enfin, un château-margaux 1964 y joue le rôle d'un trouble-fête... alors vous serez, vous aussi, sûrement invité un soir à vous asseoir devant la table des mystères.