Abd El-Kader
Abd El-Kader

Les pages heureuses de l'histoire des civilisations, écrivait Hegel, sont des pages blanches ! Ce 23 décembre 1847, c'était écrit, la France inflige une défaite machiavélique à la résistance kadérienne de l'Algérie: étape ultime de la colonisation, elle grandissait les vainqueurs et les vaincus. Une vie. Un millier d'ouvrages. Le nombre, le surnombre sont décidément inséparables du mystère Abd El-Kader et de l'attraction mythologique qu'il suscite. Figure historique aux confins de l'héroïsme, du mysticisme et de toutes les appropriations politiques et idéologiques: dans le nationalisme algérien, la présence d'Abdelkader dans le XIXe siècle forme la clé de toute une aventure coloniale dont nous relevons toujours. C'est l'apport magistral du dernier ouvrage de Bruno Etienne — outre les très nombreux documents inédits — que de fournir des éléments de réponse à cette hypothèse à travers la constitution d'un "kaléïdoscope historique" du moment kadérien alliant la rigueur scientifique à une construction subtile de son parcours initiatique. Mais le point culminant de cette biographie inclassable réside en ce qu'elle embrasse l'hétérologie profonde des mille et une vies d'Abd El-Kader, de la dimension ésotérique guerrière et politique de l'homme d'Etat visionnaire, franc-maçon, ami de Napoléon III et de Ferdinand de Lesseps, jusqu'au retrait ésotérique du Saint-savant-poète frappé par l'extase: expression de cette abyssale tension des sociétés arabo-musulmanes, entre le petit jihad (guerre) et l'hijia (exil)... La séquence Abd El-Kader, 1808-1883, était tout cela, et autre chose encore, comme Abdelkader — le livre --: une hétéro-bio-graphie. C'était écrit.