Union pour la Méditerranée
Union pour la Méditerranée

La conférence qui a réuni à Marseille les ministres des pays du "Processus de Barcelone / Union Pour la Méditerranée" sous la houlette de Bernard Kouchner et de son homologue égyptien Ahmed Abou El Gheit a accouché d'un "consensus" qui résout, dit-on, les principaux points de blocage de cette nouvelle instance internationale.

Voulue par Nicolas Sarkozy pour remplacer le Processus de Barcelone agonisant et fédérer les pays riverains de la Méditerranée sur le modèle de l'Union Europénne, l'Union Pour la Méditerranée (UPM) a été lancé en grande pompe en juillet dernier à Paris. Mais, comme il fallait s'y attendre étant donné les malentendus laissés de côté pour afficher le "succès" diplomatique de l'omniprésident français, de nombreux obstacles administratifs, financiers et politiques n'ont pas tardé à refaire surface et l'initiative sarkozyste commençait sérieusement à prendre le chemin de feu le lamentable Processus de Barcelone. Malgré tout, selon les déclarations officielles produites par les diplomates ce mardi 4 novembre, une partie des obstacles a été franchie à Marseille. Des accords ont notamment été trouvés sur le pays qui hébergera le futur siège de l'UPM et surtout sur les rôles respectifs d'Israël et de la Ligue arabe au sein de l'organisation.

Après avoir été très imprudemment promis par le président français à l'Egypte de Hosni Moubarak et à la Tunisie de Zine el-Abidine Ben Ali, c'est finalement à un pays européen, l'Espagne de José Luis Zapatero, que revient le siège de l'Union Pour la Méditerranée. Selon Javier Solana, haut représentant de l'Union Européenne pour la Politique Étrangère et de Sécurité Commune (PESC), le siège de l'UPM sera hébergé dans une ancienne résidence royale de Barcelone (histoire sans doute de revenir à son point de départ, Barcelone étant la ville où fut initié en 1995 le lamentable processus du même nom). Du coup, les heureux élus ont proposé que le titre officiel de l'alliance: "Processus de Barcelone / Union Pour la Méditerranée" soit transformé en un plus court "Union Pour la Méditerranée".

Point sensible resté jusqu'alors en supens et inquiétant beaucoup les pays de la rive Sud, un mode de financement de l'UPM a également été trouvé. Une partie des fonds sera prélevé sur le budget communautaire auxquel seront ajoutés des contributions volontaires des Etats. Reste toutefois à en définir exactement les montants.

Mais c'est surtout entre Israël et la Ligue arabe que le point de tension diplomatique était le plus vif, avec au centre des discussions l'incontournable conflit israélo-palestinien. La Ligue arabe n'apprécie en effet guère la tentative française de normaliser comme si de rien n'était, via l'UPM, les relations israélo-arabes en dehors des résolutions de l'ONU et du Plan de paix qui a été adopté en 2002 à Beyrouth. Celui-ci comporte une résolution essentielle — confirmée encore lors du dernier sommet arabe de Ryad (Arabe Saoudite) — qui réclame l'évacuation des territoires palestiniens occupés illégalement par Israël depuis 1967 contre la normalisation des relations israélo-arabes. On en est encore loin. Par ailleurs, du côté israélien, on refusait que la Ligue arabe — 9 pays arabes plus les Palestiniens sont pourtant concernés — intègre l'UPM, arguant que ce membre entraverait à coup sûr les projets de coopération avec l'Etat juif. Finalement, un compromis a été obtenu, la Ligue arabe devenant membre à part entière de l'Union Pour la Méditerranée. En contrepartie de la présence de la Ligue arabe "à tous les niveaux d'activité" de l'UPM, Israël reçoit un siège permanent au Secrétariat général. Enfin, pour contenter tout le monde sur les questions de gouvernance, cinq secrétaires généraux ajoints — israélien, palestinien, italien, maltais et grec — sont en outre désignés pour trois ans, et deux pays — la France et l'Egypte — co-présideront l'ensemble pendant encore deux ans avant de transmettre le relais à d'autres Etats.

La France espère maintenant voir fonctionner avant la fin de l'année cet étrange partenariat Nord-Sud qui couvre pas moins de 44 pays très inégaux: les 27 états membres de l'Union Européenne — dont les pays baltes comme chacun sait très méditerranéens — les 13 membres du Processus de Barcelone — Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Mauritanie, Jordanie, Israel, Turquie, Liban, Syrie, Albanie et Palestine — et quelques autres pays comme la Croatie, la Bosnie, le Monténégro et la principauté de Monaco. L'objectif est de développer des projets économiques dans les secteurs de l'énergie, de l'eau, de l'éducation (université euro-méditérranéenne), des transports et des PME entre autres, mais aussi d'oeuvrer conjointement dans les domaines de l'environnement (dépollution de la Méditerranée) et de la protection civile, sans oublier, mais cela à un niveau sans doute plus discret, d'élaborer quelques programmes de protection occidentaliste touchant à la lutte antiterroriste, à la sécurité d'Israël et aux flux migratoires, trois sujets chers à Nicolas Sarkozy.