Patrick Hutchinson
Patrick Hutchinson

            Pour La Banda du Dock et Penthésilée

Ce matin, il n'y qu'une seule nouvelle qui vaille, c'est la nouvelle de la poésie.

Ce matin, à cause de toi, la seule nouvelle pour laquelle cela vaudrait la peine

      De se lever, c'est la nouvelle de la poésie.

Aujourd'hui, parce que un court instant (hors du temps) nous avons ri et dansé,

      Il n'y a qu'un seul flash info qui vaille que l'on s'y arrêtât, c'est

      La nouvelle de la poésie.

Ce matin, en dépit de nos défiances et de nos blocages (de temps en temps,

      De nos malentendus et de nos mauvais songes), il n'y a qu'une seule

      Dernière minute qui vaille qu'on la passe et repasse en boucle, c'est

      La nouvelle de la poésie.

Aujourd'hui, en dépit de toutes nos différances et de nos errances, de nos

      Discordantes concordances, de nos divergentes convergences, de la longue

      Patience du déchiffrement de l'altérité de l'autre, de la mêmeté

      Obsédante du même, il n'y a qu'une seule dépêche qui tombe sur l'éternel

      Téléscripteur, qui vaille qu'on se réveille pour l'écouter, c'est la nouvelle

      De la poésie.

Ce matin, en dépit de nos manquements à la bonne conjugaison, aux concordances

      De personne, de nombre, de genre, de temps, du fait de plus en plus

      Clair et aveuglant que le monde est sur le point de s'effondrer

      Sur nos têtes (que la crise, de virtuel devient réelle), il n'y a qu'une

      Nouvelle vraiment nouvelle qui mérite qu'on s'y attardât,

      C'est la nouvelle de la poésie.

Aujourd'hui, en dépit du chaos croissant, en dépit de la panique, de la cassure

      Et du désarroi du monde (d'un monde peut-être prêt enfin à se replonger

      Dans les affres infiniment douloureux de la mort et de la renaissance,

      De l'effondrement et de la transformation), parce que, tous les deux,

      Nous avons dansé et avons ri, la seule News, la seule info

      De Prime Time, la seule dépêche de dernière minute,

      Qui mérite que l'on lui prêtât la moindre attention, c'est la nouvelle

      Toujours nouvelle de la poésie.

Ce matin, en dépit du soupçon grandissant que la conjuration des loups, la

      Conspiration systémique des maîtres intranquils du monde,

      Déjà, peut-être, entre dans la phase critique de la bifurcation,

      Parce que nous avons esquissé trois pas de danse, parce que

      Nous avons pu encore friser l'état de grâce, parce que

      Nous avons de façon certes fugace pu goûter en riant

      A la joie de l'ivresse, la seule actualité qu'il vaille vraiment de retenir

      Aujourd'hui, c'est l'actualité inactuelle de la poésie.

Aujourd'hui, parce que les nouvelles du jour sont remplies de mauvais présages,

      De récession, de dépression (de Wall Street déboulant en avalanche

      Dans l'économie réelle), parce que plus rien de solide n'est assuré,

      Parce que tout ce qui hier encore était sacré est aujourd'hui

      Aux enchères, parce que les loups hurlent de faim, de soif,

      Parce que les charognards besognent la charogne, parce que les tours

      Et les palais en feu et en chute libre menacent à nouveau

      De nous tomber sur la tête, parce que, pour le moins, sous nos pieds

      La terre a tremblé, ce matin la seule info digne un seul instant

      De retenir notre attention - parce que, tous les deux, nous avons

      Connu en dansant l'état de grâce, à nouveau ri un instant

      Dans la soudaine ivresse de la joie - est la toujours neuve nouvelle

      De l'éternel retour de la poésie.