Arnaud et Jean-Marie Larrieu

On ne racontera pas ici cette histoire, parce que plus qu'une histoire c'est un regard à travers les yeux d'un aveugle, extraordinaire Sergi Lopez, sur l'amour et ses possibles. Possibles que découvre un couple, Sabine Azéma et Daniel Auteuil au mieux de leur forme. Sensible, transgressif — et pas de cette transgression bourgeoise dans laquelle croient s'affranchir certains cinéastes de bon ton — magique parce qu'aussi sombre que radieux, ce film est une leçon de vie et de cinéma. Il nous montre que tout reste à inventer, que le désir ne meurt jamais, que la transmission est un acte gratuit et unique, que les vrais amis savent disparaître dans le noir après, comme disent les psychanalystes, avoir donné la passe. Une mise en scène qui ne fait pas de cadeaux aux ramasseurs de champignons que nous sommes parfois, le nez pointé vers nos petites habitudes protectrices, dans un monde occidental où la passivité est devenue un fait de société. Amira Casar, en guide d'aveugle voyant, et de voyants aveugles, irradie merveilleusement et nous permet de voir la campagne des sentiments, ce que, derrière les frontières de la morale, elle sait bénéfique et partage. Enfin, il faut savoir que c'est un film drôle, léger, malin, qui fera faire la moue à certains, l'amour à d'autres. Parce qu'il faut être prêt, très près comme le disait Sacha Guitry qui, en maître de l'ironie, aurait sûrement passé un bon moment devant cet écran noir de nos nuits peintes à l'encre sympathique.