Pierre Assouline
Pierre Assouline

Le Tribunal correctionnel de Paris a condamné Pierre Assouline pour diffamation.

Dans un article publié en août 2006 par Le Nouvel Observateur sous le titre "Vous ne pouvez plus le lire... Le scandale Borges", le blogueur germanopratin de la République des Livres affirmait que Maria Kodama, veuve de l'écrivain argentin Jorge Luis Borges (1899-1986) et à ce titre légataire des droits d'auteurs, se comportait en "veuve abusive" des oeuvres de son mari. Il l'accusait de "disposer à sa guise d'un monument de la littérature universelle" et de s'opposer à la réédition des oeuvres complètes de Borges, dont deux volumes étaient parus en 1993 et 1999 dans la Bibliothèque de La Pléiade (Éditions Gallimard). Pierre Assouline s'interrogeait également sur la "validité du mariage" par procuration de Jorge Luis Borges avec "une femme de 40 ans sa cadette", allant même jusqu'à évoquer des "manipulations testamentaires".

Les magistrats de la 17e chambre du Tribunal correctionnel de Paris, où la plainte a été examinée le 12 juin dernier, ont jugé que Pierre Assouline ne méritait pas "le bénéfice de la bonne foi" sur cette dernière imputation. L'expression de "manipulations testamentaires", estime le tribunal, "jette un éclairage particulier sur l'ensemble de l'article, comme s'il ne s'agissait plus alors d'aborder une querelle de nature littéraire [...] sujet d'intérêt légitime, mais d'alimenter une thèse visant à jeter le discrédit sur la personne de sa veuve".

Pierre Assouline s'était semble-t-il contenté de reprendre dans son papier les assertions du journaliste argentin Juan Gasparini — auteur d'un pamphlet anti-Kodama intitulé La dépouille de Borgès — et de "parler" non pas avec Maria Kodama mais avec le traducteur Jean-Pierre Bernès et l'éditeur Antoine Gallimard. Le premier est en conflit avec Maria Kodama pour la propriété d'un enregistrement de conversations avec Borgès et l'autre — par ailleurs éditeur de Pierre Assouline — semblerait ne pas voir d'un très bon oeil une nouvelle édition critique des oeuvres complètes de Borges préparée par Maria Kodama.

Pierre Assouline est condamné à payer une amende de 1.000 euros. Il doit également verser, solidairement avec Jean Perdriel (directeur de publication du Nouvel Obs), un euro de dommages et intérêts à Maria Kodama et 5.000 euros de frais de justice.

Ex-Directeur remercié du magazine Lire, mais également "délateur professionnel" (selon Alain Badiou), "ténia" (selon Michel Houellebecq) et grand amateur de "querelles de vieux slips" (selon Chloé Delaume), Pierre Assouline exerce actuellement son talent de Tintin littéraire dans un blog publié sur le site du journal Le Monde.