Chérif Choubachi

Son essai Vive la langue arabe, à bas Sibawah (célèbre grammairien arabe du VIIIe siècle), publié par une maison d'édition égyptienne officielle, a en effet provoqué la colère des islamistes qui ont demandé l'interdiction de l'ouvrage. Selon eux, ce livre est une attaque de mécréant contre la pure langue originelle qui a révélé le Coran au Monde. Pour Chérif Choubachi — par ailleurs journaliste (il a été pendant 20 ans correspondant à Paris du journal égyptien Al-Ahram) et directeur du Festival International de Film du Caire — l'arabe est la seule langue au monde dont la grammaire n'a pas changé depuis 1.500 ans. Démonstration à l'appui, par exemple sur l'utilisation des genres féminin/masculin ou singulier/pluriel, il montre qu'une partie de l'ancienne codification classique de l'arabe est inutilement compliquée et inadaptée au monde contemporain. Il appelle à une modernisation et demande aux arabes de faire la distinction entre leur langue et celle du Coran. Selon lui la "schizophrénie" du langage arabe participe au "sous développement de l'esprit arabe". Ce double langage oppose d'un côté le peuple qui utilise dans la vie courante un arabe dialectal et de l'autre les intellectuels qui s'expriment encore dans un arabe littéral. Autre argument de Chérif Choubachi en réponse aux islamistes: "81% des musulmans ne sont pas arabes" (Perses, Indiens, Afghans, Turcs, Africains subsahariens, Indonésiens, etc.). L'enjeu de cette bataille entre réformateurs modernisateurs et puristes conservateurs de la langue arabe est de taille puisqu'elle concerne plus de 250 millions de personnes sur la planète.