Bruno Roy / L'Osstidcho
Bruno Roy / L'Osstidcho

On l'oublie souvent, 1968 est une année centrale dans l'histoire du Québec. Pierre Elliot Trudeau commence son mandat de premier ministre du Canada, le Parti Québécois est fondé en octobre 1968 et le FLQ (Front de Libération du Québec) s'illustrera bientôt dans l'assassinat de Pierre Laporte, en octobre 1970. Bref les années 1968 à 1970 sont des années notoires sur le plan politique et culturel au Québec et c'est dans ce bouillonnant contexte historique que les chanteuses et chanteurs Louise Forestier et Robert Charlebois, acompagnés de Mouffe, de l'humoriste Yvon Deschamps et du Quatuor Jazz libre du Québec, présentent un spectacle musical révolutionnaire: L'Osstidcho. La première version est présentée en mai 1968. Bruno Roy, ex-président de l'UNEQ (Union des Écrivaines et Écrivains du Québec), a saisi l'occasion du quarantième anniversaire de ce spectacle pour lui consacrer une monographie. La sortie du livre coïncide en outre avec le 400e anniversaire de la ville de Québec, célébré par de nombreuses manifestations tout au long de l'année 2008.

Poète confirmé, depuis longtemps intéressé par le thème des origines et de la renaissance, il n'est pas étonnant que Bruno Roy se soit penché sur le sujet des chansons manifestaires et des révolutions culturelles. L'auteur considère L'Osstidcho comme un manifeste parce qu'il inaugure un mouvement politico-culturel et désigne une rupture sur le plan de l'histoire d'une pratique. Avant de faire l'étude détaillée des spectacles de la série, il analyse avec minutie l'histoire de la chanson québécoise et les prémisses du rock'n roll.

Bruno Roy fait aussi l'historique de la carrière de Robert Charlebois, mentionnant par exemple que le chanteur débute sa carrière d'auteur-compositeur-interprète dès 1961, à l'âge de 16 ans, et qu'il fait la première partie du spectacle de Félix Leclerc à la Butte à Mathieu en septembre 1962. Par ses participations à des revues musicales, Robert Charlebois se montre très tôt intéressé par les rapports entre la scène et la musique. Si, après l'Exposition universelle de Montréal en 1967, les boîtes à chansons ferment les unes après les autres, le contexte culturel est toutefois favorable au chanteur. Entre la sortie de la chanson Lindberg, au printemps 1968, et décembre 1968, Robert Charlebois passe ainsi du statut d'inconnu à celui de superstar.

C'est dans ce contexte qu'est présenté le spectacle collectif multidisciplinaire L'Osstidcho. Trois spectacles ont lieu: en septembre 1968 (L'Osstidcho King Size à la Comédie Canadienne), en janvier 1969 (L'Osstidcho meurt à la Place des Arts) et en juin 1970 (L'Osstidcho au Théâtre des Quat'sous, avec Louise Forestier, Mouffe, Yvon Deschamps, le Quatuor du Nouveau Jazz libre du Québec et l'organiste Jacques Perron). Charlebois, Forestier et Deschamps participaient déjà à l'époque au spectacle-manifeste Poèmes et chants de la résistance destiné à soutenir les prisonniers politiques Paul Rose, membre de la Cellule Chenier, et Pierres Vallières, auteur de l'un des rares ouvrages sur Pierre Laporte mais aussi de Nègres blancs d'Amérique, un indispensable de la culture déconolonialiste. Ces spectacles sont des preuves tangibles de la volonté de certains artistes québecois de s'inscrire dans la voie de la contestation. Le contexte contre-culturel de l'époque se manifeste par trois pôles: le psychédélisme, l'érotisme et la politique. Pour Bruno Roy, le psychédélisme prône le recours aux drogues comme facilitateur d'hallucinations, l'érotisme avant tout la libération de la sexualité et, enfin le politique se manifeste avec la mouvance felquiste et autonomiste. Le jazz participe de cette contre-culture québecoise, de même que de nouvelles explorations musicales comme celle de l'Infonie par exemple.

L'Osstidcho ou le désordre libérateur de Bruno Roy se termine par une chronologie détaillée de l'Osstidcho entre 1952 et 2008 et une liste reconstituée des chansons et monologues du spectacle.