Richard Labévière
Richard Labévière

Richard Labévière est journaliste à Radio France Internationale (RFI) et auteur de plusieurs ouvrages sur le Proche-Orient: Les Dollars de la terreur (1999), Bethléem en Palestine (avec Pierre Péan, 2000), Oussama Ben Laden (2002) et Le grand retournement (2006). On lui doit aussi d'avoir participé à la rédaction du Dictionnaire Mondial de l'Islamisme et, plus récemment, d'avoir co-écrit avec le philosophe Bruno Jeanmart un Bernard-Henri Lévy ou La règle du Je (2007). À titre d'Éditorialiste, Grand reporter, Rédacteur en chef et animateur de l'émission "Géopolitique", Richard Labévière couvre depuis longtemps pour RFI l'actualité du Proche-Orient, dont notamment le conflit israélo-palestinien. S'il est toujours attentif à respecter les faits, il n'hésite toutefois pas à exprimer certaines positions pro-arabes et à révèler les quelques vérités politico-historiques qui fâchent Israël. Cela lui vaut d'être dans la ligne de mire des militants sionistes qui, depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, disposent désormais d'un vaste réseau d'influence dans les grands médias français, qu'ils soient publics ou privés, de droite comme de gauche.

Richard Labévière n'a donc pas échappé à l'actuelle chasse aux sorcières visant à écarter de la profession, le plus souvent sous de très nauséabonds procès en antisémitisme, tout journaliste ne diffusant pas la propagande pro-israélienne officielle. Il n'a en effet pas fallu longtemps à la nouvelle holding de l'audiovisuel extérieur mise en place ce printemps par l'Elysée, France Monde, dont les rênes ont été confiées au publicitaire Alain de Pouzilhac et à la journaliste Christine Ockrent — compagne à la ville du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner — pour faire taire la voix non-conforme de Richard Labévière. Après huit années de service, il vient purement et simplement d'être licencié de Radio France Internationale pour "faute grave". Quelle faute ? la diffusion, non-autorisée par la direction de la rédaction, selon les dires de celle-ci, d'une interview exclusive de Bachar al-Assad réalisée à Damas juste avant la venue en France du président syrien. Pour RFI, c'est en effet une grave faute professionnelle d'obtenir un entretien exclusif avec un chef d'Etat.

Richard Labévière n'accepte pas ce licenciement qu'il juge abusif, d'autant qu'il semble avoir été décidé arbitrairement par Alain de Pouzilhac sans même la tenue normale d'un Conseil de discipline. Pour le journaliste, qui a déjà été écarté de certaines de ses fonctions à RFI après avoir soutenu son collègue Alain Ménargues — auteur de deux livres anti-israéliens (Les Secrets de la guerre du Liban et Le Mur de Sharon) et contraint du coup à la démission sur ordre de l'ambassadeur d'Israël en France --, il s'agit ni plus ni moins d'un "licenciement politique" pour "délit d'opinion". Dans une vidéo diffusée sur internet (Voir ci-contre), Richard Labévière dénonce l'actuelle "orwellisation de la presse française" ainsi que "la volonté d'imposer une lecture unique, néo-conservatrice et inconditionnellement pro-israélienne des crises et des relations internationales". [...] "Défendre la liberté d'expression et les droits de l'homme face à leurs violations caractérisées en Chine ou ailleurs, c'est bien, à condition de s'appliquer à soi-même ces beaux principes et de commencer par balayer devant sa porte", ajoute-t-il. Un comité de soutien dénonce aussi cette nouvelle atteinte au pluralisme journalistique. Une pétition de soutien (www.ipetitions.com/petition/Labeviere2008/) a été lancée et le Conseil des Prudhommes a été saisi du dossier.

Après le licenciement du caricaturiste Siné par Charlie-Hebdo, l'affaire Richard Labévière illustre le climat de "Maccarthisme" pro-israélien qui règne désormais au sein des rédactions. Nombreux sont en effet les journalistes menacés de voir leur carrière brisée s'ils abordent les questions du Proche-Orient de façon trop indépendante. Certains d'entre eux ont même été menacés de mort par les ligues juives extrêmistes qui flirtent maintenant ouvertement avec la droite raciste la plus réactionnaire et la plus violente tout en bénéficiant d'une étonnante tolérance du Ministère de l'Intérieur. Et la terreur fonctionne puisque l'inquisition, la diffamation, la censure et la désinformation la plus éhontée sont désormais de mise sur les questions israélo-arabes dans l'ensemble de la presse française dite "de référence". Outre la placardisation des journalistes récalcitrants, de nombreux intellectuels parmi les plus érudits et les plus humanistes, y compris juifs, — de Pascal Boniface à Edgar Morin en passant par Alain Badiou, Alfred Grosser, Pierre Péan, Alain Gresh, Jacques Bouveresse, José Bové, Sami Naïr, Daniel Mermet, Charles Enderlin, Noam Chomsky, Ilan Pappé, Pierre Bourdieu, Danièle Sallenave, Rony Brauman, Michel Wieviorka, etc... — sont aussi régulièrement traînés au banc d'infamie simplement pour avoir osé critiquer la désastreuse politique d'Israël.

Le temps où les intellectuels juifs menaient des combats éclairés, contestant l'idée même d'un "Etat juif" et défendant ardemment la liberté d'expression et d'opinion, est bel et bien révolu.