Rentrée littéraire
Rentrée littéraire

Chaque année aux alentours du 20 août, les professionnels de la profession du livre se mettent en branle pour scruter la traditionnelle "Rentrée littéraire", c'est-à-dire la déferlante de nouveaux produits qui submerge les librairies françaises. À partir de cette date et pendant trois mois, éditeurs, auteurs, libraires et journalistes passent en revue les quelque 1.500 romans et essais de saison empilés sur les étals, l'objectif étant d'en vendre un maximum, ce à quoi le marketing médiatico-éditorial (ex "critique littéraire") s'emploie avec plus ou moins de bonheur, comme pour le beaujolais nouveau. Vers fin-octobre / mi-novembre, la période de liquidation se termine par un décrochage de pompons — Prix Goncourt, Renaudot, Médicis, Femina, etc.. --, puis la marchandise invendue est remballée et retournée aux producteurs, que l'on appelle parfois abusivement "éditeurs". Ce phénomène saisonnier de "Rentrée littéraire" perdure ainsi en France depuis le début du XXe siècle, époque où les grands prix littéraires d'automne furent créés, ce qui incita les éditeurs à priviligier le mois de septembre pour sortir leurs nouveautés en tir groupé afin de multiplier les chances d'obtenir un prix littéraire sur le lot. Pour ce qui est de la composition du produit, la poésie et les idées en tant que vecteur de vie et de pensée, il est très mal élevé de dire qu'ils ne sont désormais plus que des supports certes encore nécessaires, mais désormais un tantinet accessoires, voire superflus.

Donc, rentrée littéraire oblige, que "doit-on" savoir pour ne pas paraître trop analphabète dans les dîners en ville en cet automne 2008 ? Tout d'abord quelques chiffres: 676 nouveaux romans sont annoncés dans les programmes des éditeurs, soit une cinquantaine de moins qu'en 2007, mais tout de même 500 de plus qu'au début des années '80. Les grandes maisons d'édition, comme Gallimard avec 16 titres et Actes Sud avec 12 titres, ont réduit leur production. On réalise vaguement que trop de livres tue le livre, surtout en période de baisse du pouvoir d'achat. Pas partout encore toutefois, les éditions Grasset s'aventurant par exemple avec 14 romans contre 9 en 2007. Mais au total, cette année, on ne trouvera "que" 466 romans français et 210 romans étrangers. On ne trouvera pas non plus de mauvais pavé indigeste type Les Bienveillantes de Jonathan Littell, imposé d'office en 2007 par les médias à un public qui n'a jamais pu finir de le lire, asséchant du coup à la fois le marché du livre et ce qui restait de confiance dans la critique littéraire. 91 premiers romans, contre 102 l'année dernière, tenteront enfin de trouver quelques lecteurs en 2008.

Après les chiffres, quelques noms des principaux écrivains et les titres de leurs livres. Plusieurs auteurs de premiers romans travaillent comme journalistes, éditeurs, traducteurs et même libraires. Ils sont donc déjà connus des milieux culturels, ce qui aux yeux des éditeurs leur donne un atout supplémentaire pour décrocher quelque article de complaisance. Les titres de ces premiers romans donnent à eux seuls une indication sur la tendance spirituelle 2008. Citons Enculée de Pierre Bisiou (Stock), Saloon de Aude Walker (Denoël), Crack de Tristan Jordis (Seuil), Noirs néons de Jean-Marc Rosier (Alphée), Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto (XO éditions), C'était notre terre de Mathieu Belezi (Albin Michel), Des Néons sous la mer de Frédéric Ciriez (Verticales), Une éducation libertine de Jean Baptiste Del Amo (Gallimard), De Niro's game de Rawi Hage (Denoël), Les Récidivistes de Laurent Nunez (Champ Vallon), L'inachevée de Sarah Chiche (Grasset), La meilleure part des hommes de Tristan Garcia (Gallimard), L'Age d'or de Bertrand Schefer (Allia), Polichinelle de Pierric Bailly, (POL), Le cure-dent de Jean-Yves Lacroix (Allia), Vue sur la mère de Julien Almendros (Le Dilettante), Le Silence de Mahomet de Salim Bachi (Gallimard) et Au Paradis de Candide de Paul Melki (Calmann-Lévy).

Quelques têtes d'affiche chouchous des médias piaffent eux sur la ligne de départ de la course aux prix littéraires, ou à tout le moins vont tenter une apparition dans le top 10 des meilleures ventes: Amélie Nothomb (Le fait du prince, Albin Michel - premier tirage de 200.000 exemplaires), Christine Angot (Le marché des amants, Seuil - sur sa liaison avec Doc Gynéco), Jean-Paul Dubois (Accommodements raisonnables, L'Olivier), Alice Ferney (Paradis conjugal, Albin Michel), Alain Fleischer (Prolongations, Gallimard et Le Carnet d'adresses, Seuil), Jean Echenoz (Courir, Minuit), Yasmina Khadra (Ce que le jour doit à la nuit, Julliard), Elie Wiesel (Le Cas Sonderberg, Grasset), Catherine Millet (Jour de souffrance, Flammarion), Colombe Schneck (Val-de-Grâce, Stock), Laurent Gaudé (La Porte des enfers, Actes Sud), J-M. G. Le Clézio (Ritournelle de la Faim, Gallimard), Sylvie Germain (L'inaperçu, Albin Michel) et Yann Quéffelec (Héros, personnages et magiciens, Fayard).

Dans le peloton, citons aussi quelques outsiders plus ou moins confirmés susceptibles de créer la surprise: Catherine Cusset (Un brillant avenir, Gallimard), Eliette Abecassis (Mère et fille, un roman, Albin Michel), Anna Rozen (La bombe et moi, Le Dilettante), Nina Bouraoui (Appelez-moi par mon prénom, Stock), Mathias Enard (Zone, Actes Sud), Benoît Duteurtre (Les pieds dans l'eau, Gallimard), Jean-Louis Fournier (On y va, papa ?, Stock), Stéphanie Janicot (Dans la tête de Shéhérazade, Albin Michel), Olivier Poivre d'Arvor (Le voyage du fils, Grasset), Olivier Rolin (Un Chasseur de Lions, Seuil), Michel Le Bris (La beauté du monde, Grasset), François Bon (Led Zeppelin, Albin Michel), Régis de Sa Moreira (Mari et femme, Au Diable Vauvert), Christophe Bataille (Le rêve de Machiavel, Grasset), Pierre Mérot (Arkansas, Robert Laffont), Fatou Diome (Inassouvies, nos vies, Flammarion), Emmanuelle Pagano (Les Mains gamines, POL), Dominique Mainard (Pour vous, Joëlle Losfeld), Antoine Piazza (La Route de Tassiga, éditions du Rouergue), Delphine Bertholon (Twist, JC. Lattès), Céline Minard (Bastard Battle, Leo Scheer), Héléne Lenoir (La Folie Silaz, Minuit), Claire Castillon (Dessous, c'est l'Enfer, Fayard), Karine Tuil (La domination, Grasset), Emmanuelle Bayamack-Tam (Une Fille du Feu, POL), Régis Jeauffret (Lacrimosa, Gallimard), François Vallejo (L'Incendie du Chiado, Viviane Hamy), Christian Oster (Trois hommes seuls, Minuit), l'ex-Mme Patrick Bruel Amanda Sthers (Keith me, Stock), Jean-Paul Enthoven (Ce que nous avons eu de meilleur, Grasset), Jeanne Benameur (Laver les ombres, Actes Sud), Marie Nimier (Les inséparables, Gallimard), Faïza Guène (Les Gens du Balto, Hachette Littératures) et Vincent Ravalec (Barbaque, Fayard). Pour en finir avec la littérature française, mentionnons enfin Régine Deforges qui publie en même temps À Paris au printemps ça sent la merde et le lilas (Fayard), ses souvenirs de l'année 1968 lorsqu'elle éditait Le con d'Irène d'Aragon, et une Anthologie de la poésie féminine (éditions Le Cherche-Midi).

La littérature étrangère compte également son lot de vedettes avec notamment les américains Thomas Pynchon (Contre-jour, éditions du Seuil — 1.300 pages), William T. Vollmann (Pourquoi êtes-vous pauvre ?, Actes Sud), Poppy Z. Brite (Alcool, Au Diable Vauvert), Susan Sontag (Et en même temps, Christian Bourgois), Joyce Carol Oates (La fille du fossoyeur, Philippe Rey) et Richard Ford (L'état des lieux, éditions de l'Olivier); les anglais Ian McEwan (Sur la plage du Chesil, Gallimard), Ken Follett (Un monde sans fin, Robert Laffont), Peter Ackroyd (La Chute de Troie, Philippe Rey), Salman Rushdie (L'Enchanteresse de Florence, Plon), Hanif Kureishi (Quelque chose à te dire, Christian Bourgois), David Lodge (La vie en sourdine, Rivages) et Doris Lessing (Alfred et Emily, Flammarion); n'oublions pas le japonais Haruki Murakami (Saules aveugles, femme endormie, Belfond).

Toujours du côté étranger, on parle aussi entre autres de Tête de chien du norvégien Morten Ramsland (Gallimard), La guerre à Harvard de l'américain Nick McDonell (Flammarion), Un patron modèle de l'américain Seth Grennland (Liana Levi), Best love Rosie de l'irlandaise Nuala O'Faolain (Sabine Wespieser), Melnitz du suisse-allemand Charles Lewinsky (Grasset), Arbre de fumée de l'américain Denis Johnson (Christian Bourgois), Parure d'Emprunt de l'américaine Paula Fox (Joëlle Losfeld), La derniére heure du dernier jour du mexicain Jordi Soler (Belfond), La sentinelle des blés de la chinoise Chi Li (Actes Sud), Aloe Ferox de la néerlandaise Hella S. Haasse (Actes Sud), Bêtes sans patrie du nigérian Uzodinma Iweala (L'Olivier, traduit par Alain Mabanckou), Syngué Sabour de l'afghan Atiq Rahimi (POL), L'Accident de l'albanais Ismail Kadaré (Fayard), Le Coeur glacé de l'espagnole Almudena Grandes (J.C. Lattès), Le Ministére de la douleur de la croate Dubravka Ugresic (Albin Michel), L'Eclat Dans l'Abime de l'espagnol Manuel Rivas (Gallimard), Le Soldat et le gramophone de l'allemande Sasa Stanisic (Stock), Beijing Coma du chinois Ma Jian (Flammarion), Comme Dieu le veut de l'italien Niccolo Ammaniti (Grasset), Fugitives de la canadienne Alice Munro (L'Olivier), Ketchup du catalan Xavier Gual (Au Diable Vauvert) et L'ultime question de l'allemande Juli Zeh (Actes Sud).

Pour terminer, citons l'édition des Aventures de Huckleberry Finn et des Aventures de Tom Sawyer de Mark Twain, dans une nouvelle traduction de Bernard Hoepffner aux éditions Tristram, et la Correspondance de Norman Mailer avec son traducteur français, Jean Malaquais, aux éditions du Cherche-Midi.