Irène Némirovsky
Irène Némirovsky

Irène Némirovsky est lauréate à titre posthume du Prix Renaudot 2004 pour Suite française. Publié aux éditions Denoël, Suite française est un mauvais roman daté — il a été écrit en 1940 --, pas même terminé, d'un auteur mort depuis plus de 60 ans. Sans grand intérêt, ni littéraire, ni philosophique, ni historique, il raconte la débacle française de juin '40 avec son cortège de bassesses humaines.

Effet sans doute du pouvoir de certains milieux médiatico-littéraires philosémites, le roman désuet d'Irène Némirovsky a bénéficié d'un étonnant engouement "critique", certains journalistes n'hésitant pas à le qualifier de meilleur livre de l'année. D'intenses pressions ont même été exercées, avec une lourdeur comme en en rencontre assez peu souvent dans les milieux intellectuels parisiens pourtant adeptes du genre, pour que Suite française décroche le Prix Goncourt. C'est finalement Laurent Gaudé qui a obtenu le Goncourt mais le jury Renaudot — traditionnellement censé corriger les éventuels mauvais choix et injustices du Goncourt — n'a pu éviter d'attribuer sa récompense à ce roman d'un autre âge resté inédit à ce jour. Le secrétaire général du Prix Renaudot, André Brincourt, qui a voté contre le livre d'Irène Némirovsky, a toutefois fait remarquer que ce choix les obligeait à faire une entorse aux statuts et que les prix littéraires étaient normalement faits pour promouvoir des oeuvres d'écrivains vivants. "On n'est pas là pour rattraper les injustices des morts. Pourquoi pas l'an prochain couronner un inédit d'Alexandre Dumas ?" a-t-il déclaré. Un autre juré, Patrick Besson, a également ajouté qu'il "ne faudrait pas que ça devienne une habitude".

Irène Némirovsky, d'origine juive ukrainienne, est décédée en 1942 dans le camp de concentration nazi d'Auschwitz. Avant d'être déportée elle avait publié une quinzaine de livres, dont notamment en 1929 David Golder qui connût un certain succès. C'est la fille d'Irène Némirovsky, Denise Epstein, qui a conservé le manuscrit de Suite française et a décidé de le faire publier récemment en le confiant à Myriam Anissimov et Olivier Rubinstein des éditions Denoël. Sa soeur Elisabeth Gille, qui était elle-même éditrice chez Denoël avant son décès des suites d'un cancer, a déjà publié en 1993 une biographie de sa mère intitulée Le Mirador.

Suite française d'Irène Némirovsky s'est déjà vendu en librairie à plus de 40.000 exemplaires depuis sa publication début octobre et les droits de traduction ont été l'une des bonnes affaires de Denoël à la dernière Foire du Livre de Francfort. Bref, comme bien souvent, le Renaudot 2004 est sans doute un bon coup pour certains milieux germanopratins et pour les marchands de livres, mais ce n'est pas vraiment une victoire pour la littérature.