Google Livres
Google Livres

Les grandes bibliothèques européennes tombent les unes après les autres à un rythme soutenu dans l'escarcelle de Google. Après les bibliothèques de Madrid, d'Oxford, de Lausanne, de Munich, de Barcelone et de Gand, c'est aujourd'hui la Bibliothèque Municipale de Lyon qui confie à Google Recherche de Livres le soin de numériser et de diffuser son fonds sur internet. Fait aggravant pour les anti-Google français, la Bibliothèque de Lyon n'est pas seulement la septième bibliothèque européenne à succomber au grand numérisateur américain, c'est aussi la première française.

Avec ses 1.350.000 ouvrages en rayon, la Bibliothèque Municipale de Lyon est la troisième plus grosse bibliothèque française après la Bibliothèque Nationale de France (BNF) et la BNU de Strasbourg. On y trouve un riche fonds très représentatif de l'édition européenne depuis un demi-millénaire, allant des impressions rares lyonnaises du XVIe siècle (Maurice Scève, Nostradamus,..) aux grands récits de voyages du XIXe, en passant par les grands traités scientifiques comme entre autres la première édition des Principa de Newton annoté par Malebranche. Cherchant à valoriser cette collection, la Bibliothèque du quartier de la Part-Dieu a lancé en 2006 un appel d'offres pour les numériser et les diffuser sur internet. Sans surprise, c'est la firme de Montain View qui a remporté le marché avec son programme Google Recherche de Livres, aucun autre concurrent dans le monde n'étant en mesure de proposer techniquement mieux et surtout financièrement moins cher. Ainsi, selon les termes du contrat passé avec la Bibliothèque et la Ville de Lyon, Google s'engage à prendre en charge la totalité des coûts de numérisation de quelque 500.000 ouvrages antérieurs au XXe siècle et libres de droits. Ils seront scannés à Lyon même, en mode image et texte, par la société lyonnaise Scanning Solutions, partenaire de Google Irlande. Google s'engage aussi à les diffuser gratuitement sur internet à la fois dans le cadre de son service Google Recherche de Livres et via une solution d'hébergement propre à la Ville de Lyon. En contrepartie du financement — estimé à 60 millions d'euros — de cet immense chantier qui devrait durer une dizaine d'années, Google obtient pour 25 ans le droit exclusif d'exploitation commerciale des fichiers numériques produits.

Pour Gérard Collomb, maire (PS) de Lyon, "la numérisation et la mise en ligne du fonds ancien de la Bibliothèque Municipale de Lyon permet à la ville d'ouvrir sa bibliothèque au monde", car s'il avait fallu attendre "une impulsion publique pour numériser Lyon, dans 20 ans, nous serions encore à attendre". Une pique à l'encontre des anti-Google français qui sont farouchement opposés au projet Google Recherche de Livres. Dans un combat d'arrière-garde non exempt d'arrières-pensées élitistes — le patrimoine culturel français ne doit pas être diffusé gratuitement sur internet — et intéressées — les collections d'oeuvres numérisées constituent désormais un marché juteux --, ces derniers clament en effet qu'il s'agit ni plus moins d'une "américanisation", d'une "marchandisation" et d'une "homogénéisation" de la culture, comme si le mal en la matière n'était pas déjà fait depuis longtemps, à bien plus grande échelle, et souvent même en partie par les milieux professionnels de la culture, des médias et de l'édition qui s'opposent à Google. Refusant de laisser numériser le fonds de la Bibliothèque Nationale de France par Google, ces responsables culturels français — dont de nombreux éditeurs accrochés à leur sacro-saint Droit de propriété, menés par l'ex-président de la BNF Jean-Noël Jeanneney — se sont ainsi lancés dans un très incertain projet concurrent de Bibliothèque Numérique Européenne (BNE), baptisé Europeana, qui doit officiellement voir le jour en novembre prochain. Mais ce projet, initié en 2005 par Jacques Chirac et porté depuis à bout de bras presque uniquement par la France, manque cruellement de budgets et de moyens techniques pour prétendre concurrencer le puissant Google. C'est d'ailleurs le constat que semble faire aujourd'hui l'actuel gouvernement qui, face au retard pris par la France, ne se dit désormais "plus opposé à des accords" avec le leader mondial des moteurs de recherche. Pour le nouveau président de la Bibliothèque Nationale de France, Bruno Racine, la page du conflit avec Google Livres est même "maintenant tournée". Optimiste, il forme le voeu que Google versera un jour prochain les fichiers numériques de la Bibliothèque de Lyon à la BNE.

Google Recherche de Livres, lancé fin 2004, a pour ambition de numériser et de mettre en ligne gratuitement sur internet 15 millions de livres du monde entier avant 2010. 29 prestigieuses bibliothèques sont déjà associées au projet. Parmi les américaines, on compte notamment la New York Public Library et les bibliothèques universitaires de Harvard, de Princeton, de Columbia, de Cornell, de Stanford, du Texas, du Michigan, de Virginie, du Wisconsin et de Californie (plus grande bibliothèque universitaire du monde) ainsi que, en partie, la Bibliothèque du Congrès à Washington. De ce côté de l'Atlantique on compte la Bibliothèque de l'Université Complutense de Madrid (Espagne), la Bibliothèque Nationale de Catalogne à Barcelone (Espagne), la Bayerische Staatsbibliothek de Munich (Allemagne) et la Bodleian Library d'Oxford (Royaume-Uni). Parmi les bibliothèques francophones, outre donc la Bibliothèque Municipale de Lyon (France), la Bibliothèque Cantonale Universitaire de Lausanne (Suisse) et la Bibliothèque universitaire de Gand (Belgique) se sont aussi ralliées à Google Recherche de Livres.