Claude Chabrol
Claude Chabrol

Né le 24 juin 1930 à Paris d'un père pharmacien, Claude Chabrol est à douze ans projectionniste dans un ciné-club de la Creuse où il passe la guerre avec sa famille. "L'enfance la plus con qu'on puisse imaginer", dira-t-il lui-même avec cette bonhomie incisive qu'on lui connaît.

À son retour à Paris, il suit des études de lettres puis de pharmacie tout en fréquentant assidûment les salles de cinéma. Il intégre bientôt l'équipe des Cahiers du Cinéma auxquels il collabore de 1952 à 1957. Sa rencontre avec le romancier et scénariste Paul Gégauff lui fait découvrir un monde que son milieu familial bourgeois avait occulté. Il se marie et devient attaché de presse de la Fox.

Grâce à l'héritage de son épouse décédée, Claude Chabrol produit en 1957 Le Coup du berger de Jacques Rivette puis écrit et réalise Le Beau Serge en 1958, avec pour principaux interprètes Gérard Blain, Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont. Il signe là le premier fleuron du cinéma de la Nouvelle Vague.

Les Cousins, second volet, co-écrit avec Paul Gégauff reçoit l'Ours d'or à Berlin en 1959. Les interprètes sont de nouveau Gérard Blain et Jean-Claude Brialy, mais aussi Stéphane Audran qui deviendra sa femme et qu'il dirigera dans 27 films (entre autres dans Le tigre aime la chair fraîche en 1964, et dans Marie-Chantal contre Docteur Kah en 1965, caricature de la Guerre froide). Sortiront ensuite Les Bonnes Femmes en 1960, L'Oeil du malin en 1961, Landru en 1962.

De la très dense filmographie de Claude Chabrol on retiendra notamment La route de Corinthe (1967) avec Jean Seberg, ainsi que Le Boucher et Que la bête meure (1969), ces derniers en particulier pour les deux rôles forts tenus coup sur coup par Jean Yanne. Jean-Paul Belmondo excelle dans Docteur Popaul en 1972.

Les succès ne cantonnent pas Claude Chabrol dans le domaine de la comédie. Il explore aussi le polar dans des films comme Les Noces Rouges en 1974 avec Michel Piccoli, Stéphane Audran et Claude Piéplu. Violette Noziere en 1978 est sa première collaboration avec Isabelle Huppert qui deviendra une de ses fidèles actrices.

A partir des années '80 se succèdent une série de portraits acides et parfois sanglants joués par les plus grands acteurs du cinéma français contemporain. Michel Serrault dans Les Fantômes du chapelier (1982), Jean Poiret dans Poulet au vinaigre (1984), Philippe Noiret dans Masques (1987), Jean-Pierre Kalfon dans Le cri du Hibou (1987).

Mais les femmes ont la part belle dans sa carrière de cinéaste pourfendeur du monde bourgeois: Marie Trintignant dans Betty (1992), d'après un roman de Georges Simenon; Isabelle Huppert dans Une affaire de femmes (1988), Madame Bovary (1991), ou encore dans Merci pour le chocolat en 2000, où on la voit non plus victime mais meurtrière.

La Cérémonie (1995) est co-écrit avec Caroline Eliacheff d'après un roman policier de Ruth Rendell, avec le couple complice Isabelle Huppert / Sandrine Bonnaire, accompagnés de Jean-Pierre Cassel, Jacqueline Bisset et Virginie Ledoyen dans une famille bourgeoise contente de l'être malgré quelques interrogations. La famille finit dans un bain de sang vengeur commis par les deux bonnes infernales sur la musique du Don Giovanni de Mozart. "Dernier film marxiste", dira Claude Chabrol.

Puis c'est La Fleur du mal (2002) sur les maladies surgissant d'un passé coupable, avec Nathalie Baye, Benoît Magimel et Suzanne Flon, et La Demoiselle d'honneur, nouvelle adaptation de Ruth Rendell en 2003 où l'on retrouve le jeune et talentueux Benoît Magimel.

L'Ivresse du pouvoir (2006), avec Isabelle Huppert, François Berléand et Patrick Bruel, est un film sur la hiérarchie des pouvoirs dans le monde industriel. La Fille coupee en deux (2007), avec Ludivine Sagnier, François Berléand et Benoît Magimel, raconte l'histoire d'une jeune femme séductrice qui veut réussir dans la vie et s'éprend d'un écrivain pervers. Dernier en date des films de Claude Chabrol, Bellamy, un sombre polar avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac et François Cluzet, est sorti en salles en février 2009. À noter aussi deux réjouissants téléfilms inspirés des Contes de Guy de Maupassant, La Parure et Le Petit fût, réalisés en 2007 et 2008 pour la série à succès de France 2.

Claude Chabrol, amateur de bon vin et de gastronomie, connu pour son éternel sourire et sa traque de l'hypocrisie de la classe sociale où il est né et qu'il a tant de fois tuée dans ses films, était un cinéaste incontournable dont l'énergie et l'ironie ont séduit tous les publics. Il est décédé le 12 septembre 2010 à l'âge de 80 ans.