Union Européenne
Union Européenne

Nouveau coup dur pour Nicolas Sarkozy le jour même où il prend la présidence tournante de l'Union Européenne. Dans un entretien publié mardi 1er juillet par quotidien Dziennik, le président polonais Lech Kaczynski déclare qu'il ne ratifiera pas le Traité de Lisbonne.

Lech Kaczynski estime que ce texte — censé améliorer celui de l'ex-Constitution Européenne rejeté en 2005 lors des référendums français et néerlandais — est "sans objet" et "inutile" après le référendum irlandais qui l'a rejeté le mois dernier avec une majorité de 53,4% de 'Non'. Pour le président polonais, il ne faut pas ignorer le vote irlandais car "si on brise la règle de l'unanimité une fois, elle n'existera plus jamais." Il juge également que l'affirmation des défenseurs du traité constitutionnel selon laquelle il n'y aura pas d'Union Européenne si ce texte n'est pas adopté "n'est pas sérieuse", rappelant que le même raisonnement avait déjà été fait en 2005. "Pourtant l'Union a fonctionné, elle fonctionne et elle continuera de fonctionner [...]. Elle n'est pas parfaite, mais une structure à ce point compliquée ne peut pas être parfaite", ajoute-t-il.

Malgré les mises en garde et les 'Non' des référendums français, néerlandais et irlandais, la plupart des dirigeants européens restent sourds aux critiques et aux volontés exprimées. Ils entendent bien poursuivre le processus de ratification à marche forcée — au besoin en utilisant des tours de passe-passe très peu démocratiques comme celui réalisé par Nicolas Sarkozy en France — aussi l'annonce du président polonais constitue-t-elle pour eux une mauvaise surprise. Le parlement polonais a approuvé le traité au printemps dernier mais, selon la Constitution, c'est le président qui décide ou non de ratifier les traités. Nicolas Sarkozy, pour qui la priorité était de "circonscrire le problème aux Irlandais", avait donc lui-même rendu visite à l'eurosceptique Lech Kaczynski en mai dernier à Varsovie, pensant l'avoir convaincu, d'autant que ce dernier avait participé activement l'été dernier (avec son frère jumeau, Jaroslaw Kaczynski, alors Premier ministre et aujourd'hui chef du parti d'opposition) à la discussion sur le Traité de Lisbonne. Pour faire bonne mesure, Nicolas Sarkozy n'avait pas hésité a se livrer à un chantage: "Pas de traité, pas d'élargissement de l'Europe", pensant que les difficultés viendraient plutôt de la République Tchèque. Le président Vaclav Klaus est en effet un eurosceptique notoire. Après le vote irlandais, il a estimé publiquement à Bruxelles que le Traité de Lisbonne était "mort". La ratification du traité est donc encore loin d'être acquise en République tchèque et, après les refus irlandais et polonais, il devient de plus en plus difficile de faire comme si de rien n'était.

Nicolas Sarkozy, qui ne voulait pas faire du rejet du Traité de Lisbonne l'enjeu de ses six mois de présidence pour se consacrer plutôt aux questions d'immigration et de défense, sera finalement bien contraint de se coltiner ce dossier désormais prioritaire d'une institution plus que jamais en crise.