Direction Centrale du Renseignement Intérieur
Direction Centrale du Renseignement Intérieur

Attention, les nouvelles Brigades du Tigre arrivent. Le Journal Officiel de la République Française vient de publier le décret qui rend opérationnel à compter du 1er juillet 2008 un ancien fantasme de l'ex-ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), qui se veut ni plus ni moins qu'un "FBI à la française".

La Direction Centrale du Renseignement Intérieur fusionne en effet les deux principaux services de renseignement français sous tutelle du Ministère de l'Intérieur, les Renseignements Généraux (RG, chargés du renseignement civil sur le territoire national, dit aussi "les grandes oreilles du gouvernement") et la Direction de la Surveillance du Territoire (DST, créée en 1944 et chargée du contre-espionnage et de la lutte anti-terroriste). Fort de 4.000 fonctionnaires, dont 175 commissaires et plus de 3.000 flics spécialisés, ce vrai nid d'espions à la française a déjà installé son siège dans un immeuble ultra-sécurisé, situé au 84 rue de Villiers à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), dont les aménagements ont coûté quelque 200 millions d'euros. La DCRI sera dirigée par un proche de Nicolas Sarkozy, le préfet Bernard Squarcini, alias "Le Squale", ancien directeur adjoint des RG et actuel directeur de la DST, assisté d'un ancien des RG, René Bailly, et d'un ancien de la DST, Patrick Calvar. Sa mission est de traiter tout ce qui "relève de l'intérêt de la nation", à savoir notamment la lutte contre le terrorisme et les ingérences étrangères, la protection économique, la surveillance des mouvements subversifs, l'analyse des faits sociaux et de société, et plus globalement tous les "phénomènes précurseurs de menaces" contre le pays. Les trois-quart des effectifs seront consacrés au "renseignement pur" — une des priorités du président de la République qui réorganise également l'armée dans le même sens — c'est-à-dire à tout ce qui touche aux "intérêts fondamentaux de l'État". Le dernier quart s'occupera de "l'ordre public", c'est-à-dire essentiellement la surveillance des mouvements de contestation sociale et politique (faucheurs OGM, manifestants étudiants, vignerons en colère, autonomistes régionaux, hooligans, etc) et des individus susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale.

Les nouveaux OSS 117 français, tous anciens des services triés sur le volet après s'être portés candidats, sont dotés de l'habilitation "Secret Défense". Ils disposent de repaires dans chaque département du territoire français. Des "officiers de liaison" sont également implantés à l'étranger. Pour la capitale, une réflexion est en cours concernant la Direction des Renseignements Généraux de la Préfecture de Police de Paris (RG-PP) qui conserve un statut particulier. Selon Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur en charge de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, des moyens importants en matière surveillance des communications sont mis à la disposition de ce service qui ne s'embarrase par ailleurs guère de protection des libertés privées. Au nom de la lutte anti-terroriste, la DCRI possède en effet du matériel ultraperfectionné et des pouvoirs étendus pour intercepter les communications électroniques ou radioélectriques et ficher à son insu n'importe quel citoyen lambda. Comme le veut la tradition, les agents secrets doivent bien entendu garder le secret sur leurs activités et leur employeur. Enfin, le budget 2008 alloué à la DCRI est fixé à 41 millions d'euros.

En France, outre cette nouvelle Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) et la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN) du Ministère de l'Intérieur, et divers services comme la Direction Nationale du Renseignement et des Enquêtes Douanières (DNRED) ou le Traitement du Renseignement et de l'Action contre les Circuits Financiers clandestins (TRACFIN) du Ministère de l'Économie, il existe deux autres grands services de renseignement français, dépendant eux du ministère de la Défense et coordonnés par le Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN): la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE, chargée de l'espionnage et du contre-espionnage en dehors du territoire national) et la Direction du Renseignement Militaire (DRM, chargée du renseignement sur les théâtres d'opération de l'armée). L'Unité de Coordination de Lutte Anti-Terroriste (UCLAT) est elle chargée de coordonner la lutte antiterroriste entre tous les services de l'État. Au total, les services services secrets français civils et militaires emploient 14.000 agents. À partir de juillet 2008, ils seront coordonnés par Bernard Bajolet (ex-ambassadeur en Irak et en Algérie) au sein d'une cellule élyséenne dépendant directement du très paranoïaque Nicolas Sarkozy.