Annie Duprat

Un bon dessin vaut mieux qu'un long discours: forte de cet aphorisme, Annie Duprat livre, chez Larousse une chronique de l'irrévérence à travers les âges.

Universitaire, historienne, auteur déjà d'un ouvrage sur la caricature révolutionnaire, elle entame son propos avec la fin du XVIe siècle, "enfance de l'art du persiflage et de la raillerie", passant sur les fabuleux bestiaires médiévaux qui étaient déjà moqueries des travers des hommes, mais pas encore"caricatures" au sens propre, ce reflet décalé des événements du jour. Premières affiches, estampes, gravures, chansons de colportage illustrées ou dessins de presse, l'ouvrage propose donc 250 caricatures, depuis un Henri de Valois transformé en monstrueuse chimère (1589) jusqu'au "Goldochirak" de Rousso paru en 1995 après l'élection du président de la République.

Histoire de France de la caricature est organisée chronologiquement en cinq chapitres (1589-1789,1789-1815, 1815-1871, 1871-1939, 1939-1995). Chaque caricature comporte une légende sur son auteur mais surtout un double commentaire historique et iconographique démontrant les déformations de l'image par rapport à l'événement et les codes utilisés puis replaçant les images dans leur contexte social et évoquant leur impact. La plupart de ces caricatures sont françaises, à l'exception de quelques dessins anglais du temps de la Révolution de 1789 ou de l'Empire brocardant les sans-culotte ou Napoléon.

Au fil du temps, on retrouve des dessins célèbres comme le Louis-Philippe se transformant en poire ou le double dessin de Caran d'Ache paru à la une du Figaro en 1898 sur l'affaire Dreyfus: un tranquille repas de famille dégénérant en pugilat généralisé. "Surtout n'en parlons pas", disent les convives, puis on constate... qu'"ils en ont parlé". Dessins antisémites du début du siècle, dessins patriotiques et anti-allemands du temps de la guerre de 14-18, dessins antisémites de nouveau publiés dans Je suis partout, le journal de la collaboration virulente, puis la Libération et le dessin de la Tour Eiffel tendant des bras vers de Gaulle par Jean Eiffel: les caricatures continuent jusqu'aux plus récentes: le célèbre "La chienlit c'est lui" du Collectif des Beaux Arts en mai 68 ou encore quelques Siné et enfin des Cabu, des Faizant et des Plantu et même, à droite, quelques Pinatel.

L'ouvrage se termine par un index des titres, des recueils et des noms tant des caricaturistes que des caricaturés.

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Annie Duprat, L'Histoire de France par la caricature (Éditions Larousse).