Jean-Didier Urbain
Jean-Didier Urbain

Secrets de voyage, Menteurs, imposteurs et autres voyageurs impossibles (éditions Payot), de Jean-Didier Urbain, aurait pu ou du s'appeler "Réflexions sur le voyageur", sur ses motivations, ses récits, ses non-dits et sa façon d'être.

Sous le vocable du voyage, Jean-Didier Urbain rassemble des déplacements qu'habituellement on n'associe pas à ce mot, devenu synonyme de tourisme. Il cite ainsi les croisades, sur fond de militantisme religieux, les expéditions des découvreurs, destinées à réduire la terra incognita, ou les missions des ethnologues, pour connaître les populations étrangères et éventuellement les "civiliser". Autrefois le voyage était forcément long. Il était aussi longuement préparé et soigneusement annoncé. Il y avait une mise en scène du départ et du retour. Maintenant, explique Jean-Didier Urbain, on ne va plus jamais vers l'inconnu, ni géographique ni social, et le relâchement des liens sociaux permet de disparaître subrepticement. On assiste à un "glissement progressif du voyage vers l'invisible, l'incognito ou l'anonymat", remarque-t-il. On admet l'idée du voyage "inutile", sans justification humanitaire ni scientifique, mais on veut y trouver une certaine dose d'exotisme tout en gardant ses distances. Car le voyageur, avec ses bermudas, ses guides et ses appareils photo, n'a aucune chance de passer inaperçu.

Jean-Didier Urbain cite fréquemment Alexandra David-Neel qui réussit au début du siècle à visiter le Tibet (elle écrivait le Thibet) déguisée en mendiante, la citant comme exemple d'intégration. Il admet pourtant qu'il y a des voyages moins compliqués, qui sont tout de même une recherche de "l'ailleurs" ou de "l'autrement". "Notre vie est un livre qui s'écrit tout seul", écrit Julien Green, cité par Jean-Didier Urbain, qui ajoute: "notre vie est un voyage aussi, et un voyage est un morceau de vie".