Académie Française
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Fidèle à sa mission de "veiller sur la langue française dans son usage et son rayonnement", l'Académie Française est sortie cette semaine de sa léthargie pour dire tout ce qu'elle pense du projet de reconnaissance des langues régionales dans la Constitution, actuellement en débat devant le Parlement (la loi a été adoptée en première lecture le 22 mai dernier par les députés et est examinée aujourd'hui-même au Sénat). Elle est contre.

Pour l'Académie Française, ce projet de reconnaissance des langues régionales porterait en effet sérieusement "atteinte à l'identité nationale" s'il était adopté tel quel. Certes, les immortels du Quai Conti ne contestent pas l'appartenance des dialectes régionaux au patrimoine français et sont tout prêt à reconnaître leur importance, mais ils s'opposent catégoriquement à un amendement déposé par le rapporteur UMP Jean-Luc Warsmann et soutenu par la garde des Sceaux Rachida Dati. Cet amendement propose d'ajouter à l'article 1er du texte de la Constitution, qui commence par "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale", la phrase suivante: "Les langues régionales appartiennent à son patrimoine". Selon l'Académie Française, cela revient à donner la primauté aux langues régionales alors que l'article 2 de la Constitution stipule clairement que "la langue de la République est le français". Dans une déclaration solennelle, les quarante sages — très remontés sur le sujet même s'ils ne sont pas tous d'accord comme le reconnaît le breton Michel Mohrt — déclarent que "Depuis plus de cinq siècles, la langue française a forgé la France. Par un juste retour, notre Constitution a, dans son article 2, reconnu cette évidence: La langue de la République est le français", ajoutant que l'amendement de Jean-Luc Warsmann est "un défi à la simple logique, un déni de la République et une confusion du principe constitutif de la Nation et de l'objet d'une politique". En outre il met en cause, selon eux, "l'accès égal de tous à l'Administration et à la Justice" car des administrations ou des juridictions judiciaires pourraient être tentées d'établir des documents officiels en dialecte local. L'Académie Française demande en conséquence le retrait de cette petite phrase sur les langues régionales "qui n'a pas sa place dans la Constitution".

Outre leurs travaux de rédaction du célèbre Dictionnaire, les pensionnaires de l'Académie française sont déjà intervenus à plusieurs reprises ces dernières années dans le débat public pour donner leur position, entre autres sur la simplification de l'orthographe, la place du français dans les programmes scolaires ou encore la féminisation des noms de métiers.

Les militants oeuvrant en faveur des langues minorisées — l'occitan, le breton, l'alsacien, le flamand, le catalan, le créole, le corse et le basque pour les plus importantes — rappellent pour leur part que ces langues sont aujourd'hui pratiquées par plusieurs millions de personnes en France. Dans un manifeste intitulé Pour un statut légal des Langues Régionales de France, adressé en avril dernier à Nicolas Sarkozy, ils soulignent également que l'année 2008 a été déclarée par l'UNESCO "Année Internationale des Langues" et que la quasi totalité des autres états membres de l'Union Européenne ont déjà pris de leur côté des mesures en faveur de leurs dialectes locaux. Seule la France n'a pas encore ratifié la charte du Conseil de l'Europe qui impose de développer l'emploi des langues régionales dans la vie publique.

Alors les langues régionales contre la langue de Molière ? Débat à suivre.