Editis / Planeta
Editis / Planeta

Mondialisation oblige, après Flammarion passé en 2000 entre les mains de l'italien RCS Media Group, c'est Editis, deuxième groupe d'édition français et filiale à 100 % du groupe Wendel Investissement d'Ernest-Antoine Seillière, qui sera bientôt espagnol. À partir de juin 2008 et contre quelque 1,026 milliard d'euros, une quarantaine des meilleures maisons d'édition françaises (dont les fleurons de l'édition scolaire et Plon, éditeur des Mémoires du Général de Gaulle) passeront ainsi entre les mains du groupe espagnol Planeta.

L'annonce était attendue depuis déjà quelques semaines, Wendel n'ayant jamais caché son intention de se séparer d'Editis, mais des négociations avaient lieu jusqu'à hier encore avec un autre prétendant très motivé, le groupe franco-belge Média-Participations (Fleurus, Dargaud, Le Lombard, Dupuis,...), détenu à plus de 70% par Vincent Montagne. Alors que le montant de l'offre de rachat est sensiblement identique (1 milliard d'euros environ), Jean-Bernard Lafonta, PDG de Wendel Investissement, et Alain Kouck, président du Directoire d'Editis, ont préféré vendre Editis au grupo Planeta, numéro 1 de l'édition hispanophone. Pour les deux dirigeants, le rapprochement d'Editis et de Planeta permet d'assurer à la fois "un développement d'Editis au-delà des frontières francophones" et de "contribuer à l'émergence d'un nouveau leader européen de l'édition". Selon Wendel Investissement — qui réalise une belle plus-value puisque Editis est entré dans son escarcelle en 2004 pour 660 millions d'euros, dont seulement 180 millions en cash — Planeta préservera "l'intégrité des sociétés" ainsi que la gouvernance actuelle. Dans le même genre de promesses, on se souvient toutefois que le baron Seillière assurait aussi à l'époque que Wendel resterait actionnaire d'Editis "pendant au moins quinze ans". La revente d'Editis lui permet d'une part d'échapper aux investissements nécessaires à l'actuelle révolution du livre numérique, d'autre part de générer du cash afin d'augmenter sa participation dans Saint-Gobain, le leader mondial des matériaux de construction, dont il est déjà aujourd'hui le premier actionnaire avec 21% du capital.

Le groupe Editis, bâti en 2004 sur la dépouille de l'ex-groupe Vivendi Universal Publishing (VUP) de Jean-Marie Messier, liquidé par Lagardère, est actuellement numéro 2 de l'édition en France derrière Hachette Livres (Groupe Lagardère), et 21e au rang mondial. Fort de 2.300 employés, il exploite entre autres les éditions Bordas, La Découverte, Nathan, Syros, Perrin, Fleuve Noir, Belfond, Presses de la Cité, Omnibus, Solar, Retz, Plon, Robert Laffont, Julliard, 10/18, ainsi que les dictionnaires Le Robert. De 2005 à 2007, il a également racheté les éditions du Cherche Midi, First, XO, Paraschool, De Boeck, Gründ, ainsi que le grossiste DNL. Editis est aussi un acteur important de la diffusion et de la distribution du livre en France à travers sa filiale Interforum. Le groupe a réalisé en 2007 un chiffre d'affaires de 760 millions d'euros pour un résultat opérationnel de 93 millions d'euros et ses bénéfices ont grimpé de 7,5% à 12%.

Le grupo Planeta, fondé en Catalogne en 1949 par la famille Lara (toujours propriétaire-actionnaire), est pour sa part leader de l'édition hispanophone (Espagne et Amérique latine). Il contrôle une quarantaine de maisons d'édition qui publient entre autres des encyclopédies et de la littérature. Il décerne chaque année le plus important prix littéraire espagnol, le prix Planeta, et compte environ 5.000 auteurs à son catalogue, dont Mario Vargas Llosa et Manuel Vasquez Montalban, en particulier au sein de la prestigieuse maison Seix Barral. Outre des investissements dans les secteurs de la formation professionnelle et de l'enseignement à distance, il possède aussi, en partenariat avec le groupe italien De Agostini Editore, une participation stratégique dans la deuxième chaine de télévision espagnole. Son chiffre d'affaires est de 2,5 milliards d'euros, dont 1 milliard dans le secteur de l'édition.