Carla del Ponte
Carla del Ponte

La magistrate suisse Carla del Ponte, procureur du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de 1999 à 2007, nommée en janvier dernier ambassadrice de la Confédération Hélvétique en Argentine et au Paraguay, vient de publier un livre bien peu diplomatique. Intitulé La chasse, moi et les criminels de guerre et écrit en collaboration avec le reporter du New York Times Chuck Sudetic, l'ouvrage sulfureux embarrasse même tellement le Département Fédéral des Affaires Étrangères suisse (DFAE) que celui-ci a purement et simplement mis son veto à une séance de dédicace prévue dimanche dernier à Milan pour la sortie de l'édition italienne (La Caccia, Io e i criminali di guerra, éditions Fetrinelli), et a pressé du même coup son ambassadrice de retourner illico à Buenos Aires.

La chasse, moi et les criminels de guerre évoque les obstacles auxquels Carla del Ponte a dû faire face durant les années '90, à titre de procureur du TPIY. Elle y critique sévèrement la Russie, la Serbie et la Bosnie pour leur manque de coopération lorsqu'elle recherchait les anciens responsables politiques et militaires accusés de crimes de guerre — entre autres Slobodan Milosvic, Radovan Karadzic et Ratko Mladic — et met en cause plusieurs dirigeants politiques aujourd'hui en place dans la région, notamment Hashim Thaçi, actuel Premier Ministre du Kosovo. Ce dernier est soupçonné — mais sans preuves — d'avoir couvert un trafic d'organes prélevés sur plusieurs centaines de Serbes assassinés par des membres de l'Armée de Libération du Kosovo (UCK). L'ouvrage livre des noms, des faits, des dates et des accusations embarassantes pour la diplomatie suisse et pour plusieurs pays occidentaux qui mènent en ce moment une politique risquée dans les Balkans, sans parler de gros intérêts économiques à préserver. Il n'est pas inutile de rappeler que la Serbie a rappelé son ambassadeur posté à Berne après que la Suisse eut reconnu l'indépendance du Kosovo et qu'une ambassade de Suisse vient d'être ouverte à Pristina (capitale du Kosovo). Carla del Ponte évoque également dans son livre son expérience de procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) de 1999 à 2003.

Pour le gouvernement helvétique, "Il y a dans l'ouvrage des déclarations qui ne peuvent être faites en tant que représentante du gouvernement suisse", autrement dit soit la nouvelle ambassadrice renonce à son livre, soit elle renonce à sa carrière diplomatique. Carla del Ponte a exprimé des regrets et une certaine incompréhension pour ce sérieux rappel à son devoir de réserve.