Pol Corvez
Pol Corvez

Maître de conférences à l'Université d'Angers, c'est à la suggestion de Jean Pruvost que Pol Corvez a poursuivi et terminé ce Dictionnaire des mots de la mer, publié aux éditions Chasse-Marée. Le dictionnaire regroupe deux types de termes, ceux qui correspondent à un usage maritime et ceux qui sont empruntés à divers lexiques non maritimes mais dont l'usage marin a produit des dérivations sémantiques. L'ouvrage s'appuie sur un corpus de plus de 25 dictionnaires de langue française. Quelques conclusions peuvent être faites à la lumières de la nomenclature présentée: beaucoup de mots viennent du néerlandais. C'est le cas de affaler, amarrer, merlin.

Bien que Pol Corvez cite de nombreuses fois le Glossaire du parler français au Canada, datant de 1930, plusieurs acceptions québécoises restent sans mention de la source. Le Québec est présenté comme une région où "tout le monde est un peu marin", ce qui semble pousser fort l'appartenance des Québécois à un passé de marine marchande. L'auteur se base sur le Trésor de la langue française pour utiliser le terme métalinguistique "canadianisme", terme passé mode depuis l'essor de la marque "québécisme", entré dans le Petit Larousse il y a quelques années, au moment où l'inclusion des noms propres québécois par Denis Vaugeois se sont faits plus réguliers. L'ouvrage contient des anecdotes qui tiennent lieu de définition. Par exemple le lecteur y apprend que "l'amure tribord" est celle des privilégiés, le côté des nobles et des gradés où ces derniers embarquent encore aujourd'hui, alors que "l'amure babord" est "le côté de fatigue", celui où accostent les chaloupes chargées de marchandises. L'auteur accorde une entrée à "calmasse" et non à "pétole" qu'il considère comme provençal alors qu'on le trouve tout autant répandu en Bretagne et sur la côte Atlantique.

Malgré sa riche documentation Pol Corvez ne tient pas forcément compte des données parues au Journal Officiel et publiées par la Délégation générale à la langue française. C'est le cas de "Cyberespace" et de ses nombreux dérivés où l'auteur aurait pu mentionner que son emploi est critiqué (notamment "cybercriminalité" au lieu de "criminalité en ligne", qui est recommandé). En revanche il mentionne le faux ami "crime", qui signifie "délit" et non "crime" en anglais, ambiguïté qui a d'ailleurs nourri le législateur canadien à son insu (selon notre point de vue). On s'étonne aussi de voir consigné "avoir pris une gamelle" alors qu'une simple enquête nous permet d'entendre d'avantage "s'être pris une gamelle".

Certaines entrées comme "raz-de-marée à l'entrée "raz", font foi de l'actualité récente (Indonésie). C'est aussi le cas de "tsunami". Des informations historiques sont consignées sous plusieurs entrées. Pol Corvez a choisi par contre de ne faire apparaître ni la catégorie grammaticale, ni le genre des substantifs, et fait apparaître les mots par regroupement.

Bref, l'ouvrage se consulte ou se lit comme un ouvrage grand public ou tout au moins public intéressé par le monde de la mer. Sa méthodologie n'a rien de la rigueur des dictionnaires savants et c'est peut-être son charme. On ne peut en revanche nier l'importante documentation de l'auteur qui s'alimente parfois à des émissions de radio pour documenter ses définitions.