Alain Delon
Alain Delon

Monstre sacré du cinéma français, héros d'une biographie non autorisée précédée de rumeurs sulfureuses, Alain Delon, qui va fêter ses 65 ans le 8 novembre, garde sa part d'ambiguité et d'ombre malgré la publication du livre qu'il a cherché à faire interdire. Les mystères Delon de Bernard Violet laisseront sur leur faim ceux qui en attendent des révélations sensationnelles, malgré des chapitres dont les titres sonnent comme des polars de série noire : "Nuits agitées à Megève", "L'insoumis se soumet", "La balle dans la tête", "Les seigneurs de la pègre", "L'ami Le Pen", "Impair et gagne"... Cette biographie coïncide avec la publication d' Alain Delon l'insoumis du journaliste Henry-Jean Servat, récit hagiographique des années 57 à70 de cet "enfant terrible, être rebelle, acteur magnifique",illustré de photos du beau gosse au regard bleu acier. Un album pour fans qui ne fâchera pas. "L'histoire de ma vie est si impossible qu'aucun journaliste ne serait capable de l'écrire", disait un jour l'acteur, consacré star par René Clément (Plein soleil), Visconti (Rocco et ses frères et Le Guépard), Jacques Deray (Borsalino), Joseph Losey (Monsieur Klein), Jean-Pierre Melville (Le Samouraï). Après avoir relevé ce défi, Bernard Violet se demande d'ailleurs "Où commence la réalité et où s'arrête la fiction? Toute la question est finalement là chez Alain Delon. L'adolescent rebelle a joué avec le feu à s'en brûler parfois les ailes." "On s'attendait à un Borsalino folklorique, on tombe dans un polar nauséeux à la James Ellroy", écrit France-Soir à propos de cette enquête qui laisse "le sentiment affolant d'une carrière gâchée". Pour sa part, Libération estime qu'il s'agit d'un "coup médiatique" qui ne tient pas ses promesses. "Le mystère Delon se dégonfle" et "les sujets éventuellement troubles sont traités avec des pincettes derrière lesquelles on devine l'intervention des avocats". La star avait essayé, en 1998, d'empêcherl'auteur de rédiger sa biographie, après avoir lu un synopsis. Mais la justice lui avait donné tort et il avait renoncé en février dernier à faire appel. A l'occasion du récent Mipcom, à Cannes, l'acteur, citant Shakespeare, expédiait sa biographie d'un ton dédaigneux : "beaucoup de bruit pour rien". Bernard Violet, qui a publié desbiographies du terroriste Carlos et du commandant Cousteau, évoque bien sûr, dans ces 550 pages, l'affaire Stefan Markovic, du nom de cet ami, garde de corps, découvert trucidé sur une décharge, en 1968. Mais il reconnaitqu'"aucun élément tangible ne permet d'avancer la moindre responsabilité d'Alain Delon dans cet assassinat". Lastar, amateur de chevaux de course, de match de boxe (il organise le"match du siècle" entre Carlos Monzon et Jean-Claude Bouttier) et de casino (il a des actions dans celui de Namur), a certes eu des liaisons dangereuses. "Le samouraï", qui ajoué les flics et les voyous, l'assassin de Trotsky,un garagiste alcoolique de Levallois-Perret, mais aussi l'aristocrate Tancrède et le baron de Charlus, a croisé sur sa route des mauvais garçons, François Marcantoni, ami de jeunesse, bien connu de la justice, Mémé Guérini, un des caïds de la pègre marseillaise, FrançoisBesse, le lieutenant de Mesrine,les frères Zemmour... Mais "le cinéma et son ambition démesurée de reconnaissance lui ont probablement permis de ne jamais tomber dumauvais côté", conclut Bernard Violet. Delon, pour sa part, souligne qu'à travers ses quelque 80 rôles il a pu vivre, "légalement, ce qu'on n'a pas le droit de faire dans la vie de tous les jours".