Miguel de Cervantes
Miguel de Cervantes

La première édition de El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha, de Cervantes, a été publié pour la première fois à Madrid en date du 16 janvier 1605 par l'éditeur Francisco de Robles. Composée de 52 chapitres, tirée à 1.200 exemplaires, elle connaît un succès immédiat et pas moins de six réimpressions suivent la même année. Succès confirmé au fil des siècles jusqu'à aujourd'hui puisque Don Quichotte, ce roman fondateur de la littérature occidentale moderne, est l'un des plus grands best-sellers de l'histoire du livre, talonnant la Bible par le nombre de traductions. En Espagne, c'est encore le livre qui figure en tête des ventes de librairie pour l'année 2004.

Le roman écrit en castillan par Miguel de Cervantes Saavédra (1547 - 1616) entre 1592 et 1597 (il a commencé à le rédiger dans une prison de Séville où il était emprisonné pour dettes), relate les aventures du gentilhomme quinquagénaire Alonso Quijano qui, la tête farcie des grands principes spirituels et moraux de la médiévalité et amoureux d'une Dulcinée, parcourt sur le dos de la famélique Rossinante les plateaux du centre de l'Espagne accompagné de son très matérialiste écuyer Sancho Pança, toujours prêt à sauver ou à guerroyer seul contre le monde par les plus nobles et courageuses actions, mais victime de ses illusions et se retrouvant notamment à batailler contre des moulins à vent.

L'extraordinaire et immmédiate diffusion dans toute l'Europe de cette histoire perçue à l'époque comme une parodie comique des romans de chevalerie rendit populaire son auteur qui n'était jusqu'alors qu'un écrivain de petite réputation locale, ex-militaire réformé auteur de quelques oeuvres pastorales. Très vite copié et plagié, Cervantes se hâta d'ajouter une seconde partie à son Don Quichotte, qui fut achevé en 74 chapitres et publié définitivement en 1614. Depuis, le chevalier à la triste figure et le donquichottisme sont devenus de véritables mythe et genre philosophico-littéraire qui ne cessent d'interroger la pensée occidentale et de susciter nombre de commentaires sur l'idéalisme humain, chaque siècle apportant son interprétation, de la boufonnerie du XVIIème au psychologisme et au géo-politisme du XXème en passant par l'Ironie du XVIIIème et la figure de héros tragique du XIXème romantique.

En cette année 2005, l'Espagne et le monde entier de la littérature ne manquent pas de célébrer dignement le 400ème anniversaire de l'oeuvre. Plus de 2.000 manifestations — expositions, films, colloques internationaux (notamment un congrès de "moulinologie"), concerts, représentations théâtrales, etc... — sont programmées, notamment dans les Centres culturels espagnols et Instituts Cervantes, qui sont l'équivalent des Alliances Françaises de par le monde. De nombreuses nouvelles traductions et éditions, du simple livre de poche populaire aux plus riches éditions de luxe illustrées par de grands peintres et aux éditions universitaires commentées par les spécialistes, voient également le jour, sans oublier les festivités diverses et produits dérivés comme par exemple les voyages touristiques culturels organisés en Espagne sur les traces de Rossinante. Le gouvernement Zapatero a créé une commission spéciale qu'il a doté d'un budget de 30 millions d'euros pour organiser ces célébrations.

La priorité étant d'abord de se replonger dans l'oeuvre, la République des Lettres vous recommande parmi les différentes traductions françaises récentes celle d'Aline Schulman (Collection de poche Points Seuil) ou celle de La Pléïade par Jean Canavaggio, Claude Allaigre et Michel Moner.