Sauvons la Recherche
Sauvons la Recherche

Le monde de la Recherche n'a pas beaucoup apprécié le discours de Nicolas Sarkozy prononcé le 28 janvier dernier à Orsay, à la suite du rapport Attali. Le vaste projet de réforme de la Recherche qu'il y a esquissé, et notamment l'orientation selon laquelle les politiques scientifiques doivent relever du gouvernement, leur font craindre le pire pour leur avenir.

Près de 600 scientifiques responsables d'unités de recherche publiques ou d'organisations de chercheurs, dont notamment Gilles Boetsch, Yves Langevin, Jacques Moret, Bertrand Monthubert ou encore Philippe Blache, se sont réunis au Collège de France, à Paris, pour exprimer leur inquiétude sur les projets en cours. Parallèlement, une intersyndicale regroupant une quinzaine de syndicats (FSU, CGT, Unsa, Solidaires, Unef,...) et d'associations de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ont organisé aujourd'hui des rassemblements un peu partout en France. À Paris, histoire de manifester clairement leur opposition à la politique gouvernementale qui est en train de se mettre en place, les associations Sauvons la Recherche et Sauvons l'université n'ont pas hésité à simuler une "attaque aérienne" du du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche avec des avions en papiers composés des CV et contrats d'embauche de leurs sympathisants.

Les chercheurs concernés par le projet de réorganisation du secteur craignent en effet que le président de la République Nicolas Sarkozy et la ministre de la Recherche, Valérie Pécresse, n'ait tout simplement décidé de leur enlever leur relative autonomie et leurs prérogatives en matière de choix des programmes pour mieux pouvoir les arbitrer politiquement et les confier ensuite à de serviles universités. Dans une "feuille de route" adressée à Catherine Bréchignac, présidente du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), Valérie Pécresse indique entre autres à cette dernière que le CNRS devra "se structurer en grands instituts nationaux de recherche" [...], "revoir ses modalités de financement" [...] ,"faire l'objet de discussions approfondies avec les universités" et, "dans le cadre de ce nouveau partenariat, devra aussi concourir avec les universités à l'émergence de Pôles de Recherche et d'Enseignement Supérieur (PRES) visibles à l'échelle internationale". Cette réforme de l'organisme de recherche doit en outre, selon la ministre, être transposé dans un "contrat d'objectifs pluriannuel" avant fin 2008. Un autre grand motif de mécontentement des chercheurs, près de quatre ans après le mouvement qui les avait déjà fortement mobilisé contre les coupes budgétaires opérées par le gouvernement de l'époque, est le nouveau mode de financement qui revoit à la baisse les crédits des instituts et des laboratoires au profit de l'Agence Nationale de la Recherche. Du coup le CNRS voit déjà ainsi ses crédits diminuer de plus de 5% et beaucoup de chercheurs doivent désormais passer plus de temps à chercher des financements qu'à avancer dans leurs travaux. Les chercheurs ne contestent pas la nécessité d'une évolution des organismes publics de recherche mais souhaitent d'abord une concertation et demandent à conserver une certaine autonomie dans le choix des programmes. Pour eux, il est en particulier indispensable de préserver la recherche fondamentale qui autrement risque d'être abandonnée par les instances politiques au profit de la seule seule recherche appliquée à court terme. Le discours prononcé par Nicolas Sarkozy leur semble à cet égard marquer un net "recul de l'autonomie scientifique au profit d'un pilotage politique sans aucune garantie scientifique sérieuse", selon Philippe Blache. Tous craignent aussi que le secteur devienne de moins en moins attractif en raison des maigres perspectives d'embauche et de salaires. Le budget 2008 ne prévoit par exemple aucune création de poste et les salaires des jeunes chercheurs, le plus souvent embauchés à titre précaire pour remplir une mission, est à peine plus élevé que le SMIC. Enfin, alors que les rumeurs sur l'entrée au gouvernement de Claude Allègre vont bon train pour l'après élections municipales, de nombreux chercheurs estiment que le retour aux commandes de l'ancien ministre de l'éducation nationale de Lionel Jospin constitue une ligne jaune à ne surtout pas franchir.