Christine Ockrent
Christine Ockrent

"Le silence. (...) J'essaie d'apprivoiser le silence", écrit Christine Ockrent au début de La mémoire du coeur, un livre publié peu après son départ fracassant de l'Express, en 1997. "Stoppée net dans (son) aventure à la tête de l'Express", la journaliste vedette de la télévision y relate "trente ans de fièvre et de poursuites", rythmant son travail de mémoire de quelques portraits ironiques, de considérations sur le microcosme de la presse et de la politique et de ses rencontres avec l'Histoire.

Le premier des récits de Christine Ockrent concerne bien sûr l'interview en 1979 de l'ancien premier ministre du Shah d'Iran, Amir Abbas Hoveyda, dans sa prison d'Erevan, peu avant son exécution. Elle décrit l'ancien grand seigneur se raccrochant à l'idée que le monde extérieur ne l'a pas oublié, la difficulté de mener l'interview dans l'ancienne infirmerie transformée en cellule et les réactions violentes qui ont suivi la diffusion de ce document. Pour elle, "bien des antipathies de principe (à son encontre) trouvent là leur origine". Christine Ockrent remonte ensuite dans le temps avec son expérience à la télévision américaine, au Sixty minutes de CBS, à une époque (en 1968) ou il n'y avait "ni noir, ni femme" parmi les journalistes vedettes de la chaîne. A l'occasion un brin nostalgique, elle décrit ses patrons américains, passablement mal élevés mais tellement professionnels... Viennent ensuite La Mecque sous l'anonymat d'un voile épais, Bagdad et une interview de Saddam Hussein, les scuds sur l'aéroport de Tel-Aviv, tout ce qui fait le carnet de route d'un grand reporter. Christine Ockrent rend aussi hommage avec beaucoup d'affection à Pierre Desgraupes, le patron d'Antenne 2 (devenue depuis France 2). En revanche, elle ne ménage pas son alter ego du 20 heures de l'époque, Patrick Poivre d'Arvor, qui, dit-elle, "n'aime rien tant que guetter dans l'oeil de l'autre le reflet de sa propre splendeur". L'amertume point quand elle évoque son passage à TF1, la chaîne de Francis Bouygues ("de bout en bout, un épisode désagréable") et son retour à Antenne 2, une chaîne qui s'était "délitée de l'intérieur".

Des années aprés, Christine Ockrent reste blessée par la polémique à propos de son salaire et par la grève qui lui fit quitter la chaîne. Elle rebondit ensuite à L'Express, où elle est "fière de diriger un grand journal qui, plus que d'autres, a marqué l'histoire de son temps". Mais l'affaire s'arrête quand Serge Tchuruk, alors nouveau patron d'Alcatel, propriétaire du titre, la remercie pour avoir monté en Une du magazine une citation de François Mitterrand désagréable pour Jacques Chirac. Elle s'indigne de la révérence manifestée par certains grands patrons à l'égard du pouvoir politique. Parfois, Christine Ockrent nous emmène hors de sa vie professionnelle, avec des allusions attendries à son fils Alexandre et à son compagnon Bernard Kouchner (aujourd'hui ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy), et surtout à son père qu'elle remercie pour avoir "élevé ses filles comme si tout leur était possible, sans leur instiller le doute ou le sentiment de leur différence".