Eric Rohmer
Eric Rohmer

Conte d'automne d'Eric Rohmer est un conte de saison, une nouvelle broderie sur le thème de l'amour au temps de la maturité, qui a enchanté le public et la critique de la Mostra de Venise où il était l'un des favoris, même s'il a dû céder la place d'honneur à un film italien plus contesté. Après les Comédies et proverbes et les Contes moraux, le dernier des Contes des quatre saisons du vétéran français est un bon cru, léger, fruité, plein de soleil et aussi de nostalgie sur le temps qui passe, le départ des enfants, la solitude avant l'hiver... Remarquablement servi par deux des actrices fétiches de Rohmer, Béatrice Romand et surtout Marie Rivière, pétillante, drôle et malicieuse. Pour une fois, le réalisateur né en 1920 n'effleure pas les affres sentimentales des jeunes filles en fleurs mais de femmes qui ont bien franchi le cap de la quarantaine et sont plutôt sur le versant des 50. C'est un conte de la maturité, à l'époque des vendanges, dans la vallée du Rhône où Magali (Béatrice Romand) est viticultrice, à deux pas de la centrale nucléaire de Tricastin . Veuve un brin revêche, elle se plaint de la solitude, mais ne fait rien pour plaire et pour briser son isolement. Deux femmes se mettent en tête de lui trouver un homme: Rosine, la petite copine de son fils lui présente son prof de philo (Didier Sandre) avec qui elle a eu une liaison. Et Isabelle (Marie Rivière) passe une petite annonce à son insu et teste Gérald (Alain Libolt), le candidat le plus sérieux. Eric Rohmer brosse avec finesse et lucidité le portrait de ces femmes indépendantes en mal d'amour. Même chez Isabelle, mariée depuis longtemps et heureusement, perce le désir d'une aventure qu'elle vit par procuration en cherchant un compagnon à Béatrice. C'est une "machination amoureuse, d'inspiration balzacienne", selon le réalisateur. Résolument contemporaine.