Bettina Rheims
Bettina Rheims

Jésus est une jeune crucifiée aux seins nus, un apôtre porte des anneaux au nez, à la lèvre et à l'oreille, le Christ est chaussé de tennis: dans leur album intitulé I.N.R.I, la photographe Bettina Rheims et l'écrivain Serge Bramly ont voulu raconter les Evangiles "avec des images et des mots d'aujourd'hui". I.N.R.I (en latin, Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, c'est-à-dire "Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs") est sorti en librairie dans un climat de polémique et de procédures judiciaires, plusieurs voix critiquant "la vulgarité" de l'ouvrage et obtenu en référé des interdictions de vente notamment dans les librairies de Bordeaux.

La célèbre photographe, auteur en 1995 du portrait officiel du président de la République François Mitterrand, et le romancier soulignent pourtant qu'ils ne veulent pas blasphémer. Leur ambition est de "renouer avec une tradition de l'art occidental qui, jusqu'au XXIIIe siècle, s'est appliqué à inscrire les scènes bibliques dans un contexte résolument contemporain: ainsi, la vierge de Raphaël est vêtue comme une femme du XVIe siècle". Financé par des institutions (notamment par le ministère de la Culture qui était dirigé à l'époque de l'attribution de la subvention par Philippe Douste-Blazy, maire de Lourdes), et des entreprises privées, cet album, qui a coûté 1,5 million de francs, a exigé des mois de prises de vue et 250 acteurs et figurants. Près d'une vingtaine de personnes (maquilleurs, costumiers...) y ont travaillé à plein temps. Les personnages du livre sont incarnés autant par des anonymes que par des comédiens et des mannequins pour signifier leur universalité, explique-t-on chez l'éditeur Albin Michel.

Jésus et Marie sont à chaque fois représentés par des modèles différents, jeunes et vieux, de toutes races, de toutes origines, et les photos sont situées dans des lieux surprenants, comme un hôpital désaffecté de la banlieue parisienne. Les photos sont tour à tour kitsch, douces, glauques ou sexy. Judas se suicide d'une balle de revolver dans une pièce nue, au papier peint triste. Salomé est une "torera" dépoitraillée. La photo illustrant le Golgotha montre le Christ en croix, entre ferrailles, ossements et fumées noires. La plupart des photos sont en couleur, à l'exception de celles du chapitre "Guérisons". Ces photographies feront l'objet d'une exposition qui parcourra le monde dès 1999 et sera présentée notamment à Nazareth. Cet ouvrage est déjà vivement critiqué.

Selon le père Olivier de la Brosse, porte-parole de l'épiscopat: "les auteurs disent vouloir moderniser le message du Christ. Pour cela, il aurait fallu un texte proche de ce message, or celui-ci est pauvre en spiritualité. Il aurait fallu des images montrant le monde réel, des jeunes de banlieue, des gens qui travaillent, or on nous montre un monde onirique. Enfin, il aurait fallu un ton franc, populaire, or on nage dans une atmosphère malsaine avec des images d'homosexuels, de lesbiennes". Pour Le Figaro, I.N.R.I est "un ouvrage vulgaire et, tout simplement, mauvais". Cités par ce journal, le rabbin Joseph Sitruk souligne "qu'aucune dérision n'a traversé les siècles" et le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qualifie le livre de "pornographique". Enfin, l'AGRIF, une association proche du Front National, demande en référé l'interdiction de l'exposition au public du livre qui, selon elle, est une "violation manifeste du droit au respect des consciences".

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Bettina Rheims et Serge Bramly, I.N.R.I. (Éditions Monacelli Press).